29 Apr 2015 Speech Ecosystems

International conference on illegal exploitation and illegal trade in wildlife products and wild flora of Africa

Brazzaville, 29 avril 2015

Excellence, Monsieur Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo,
Excellence, Monsieur Idriss Deby, Président de la République du Tchad,
Excellence, Monsieur Daniel Ona Ondo Premier Ministre de la République du Gabon,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Excellences mesdames et messieurs les membres du Corps diplomatique,
Chers Collègues du système des Nations Unies
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un honneur et un immense plaisir de prendre la parole, devant cette Auguste Assemblée. Je souhaite, au nom de monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies -que j'ai l'honneur de représenter- remercier la République du Congo, ainsi que la Commission de l'Union Africaine, pour l'aimable invitation qui nous a été adressée de prendre part à cette importante conférence.

Le Secrétaire général prête une attention particulière à l'exploitation illicite des ressources naturelles. Il avait ainsi présidé, au début de cette année, son comité des politiques, spécifiquement dédié au sujet et regroupant toutes les agences onusiennes concernées.

Mr Ban m'a chargé de vous transmettre, M. Le Président, tous ses voeux de succès et de vous faire part de son intérêt à recevoir les conclusions de la Conférence en vue d'en intégrer des éléments dans le plan d'action des Nations Unies contre le trafic illicite des ressources de la vie sauvage. Ce plan est en préparation et doit lui être soumis dans les semaines à venir.

Excellence, mesdames messieurs,

En janvier 2014, la Présidente de la Commission de l'Union Africaine lisait, devant un parterre de chefs d'état et de gouvernement, un courriel qu'elle adressait au futur. Dans ce message, elle décrivait l'Afrique qu'elle aimerait voir en 2063. C'était une version, fort émouvante, de «I have a dream» pour une Afrique unie, prospère ; une Afrique éclairée aux énergies renouvelables ; une Afrique exempte de conflits et mettant en valeur toutes ses ressources naturelles. En l'écoutant, on se regorge d'énergie et l'on conclut : oui c'est possible !

La vision 2063 de l'Afrique est certes ambitieuse, mais réaliste. Le moteur du développement économique et social africain carbure aux ressources naturelles, richesses exceptionnelles d'un continent béni par la nature. La logique du développement durable avec sa triptyque économique, sociale et environnementale s'applique à l'Afrique, peut-être mieux que partout ailleurs.

Comment en effet, imaginer une Afrique qui décollerait en laissant en rade ses richesses naturelles ? De quoi serait fait le lendemain des jeunes africains si les ressources de leur sol, de leur sous-sol et de leurs fonds marins sont pillées, volées, saccagées par des groupes de criminels de diverses origines ? Des bandes criminelles de plus en plus sophistiquées sillonnent le continent et scient la fondation de son développement, dans une quasi-impunité.

De l'exploitation illégale de la flore et de la faune, à l'extraction illicite des ressources minières à haute valeur monétaire, jusqu' à l'extorsion et la taxation de revenus alimentant, dans certains cas, des bandes armées, voire des groupes terroristes. La nature des crimes a évolué, se complexifiant davantage et associant le trafic de ressources naturelles au trafic d'armes, de drogue, voire d'êtres humains.

Les revenus générés par le commerce illicite des ressources naturelles est estimée, au niveau global, jusqu'à 213 milliards de dollars par an. Ces trafics affectent principalement les pays en développement, notamment ceux connaissant des situations d'instabilité ou de crises. Ils concernent le bois, la faune, les mines, les produits halieutiques et le dumping de produits chimiques dangereux. En comparaison, l'aide publique au développement s'élève grosso modo à 130 milliards de dollars par an.

Le niveau de gravité et de sophistication du commerce illicite de la faune et de la flore a atteint des proportions inégalées. Il détruit les écosystèmes ; il asphyxie le tourisme, source de revenu par essence des états et des populations locales.

Le commerce illicite des ressources naturelles a ceci de plus vicieux que le trafic de drogue, en ce qu'il prive les pays pauvres de revenus qui autrement auraient été utilisés pour construire des écoles, soigner des malades ou ériger des infrastructures. Bref, ces activités malveillantes dérobent les pays pauvres des moteurs et du carburant nécessaires à leur décollage économique.

Le commerce illicite a ceci de pernicieux, en ce qu'il alimente des conflits internes, souvent sciemment entretenus pour durer dans le temps, car la paix et la stabilité n'arrangent en rien les trafiquants. Nous en avons de nombreux exemples en Afrique, y compris dans les pays des Grands Lacs.

Une étude sur les conflits armés majeurs survenus entre 1950 et 2000 a révélé que 90% des conflits ont eu lieu dans des pays riches en biodiversité. Une étude de la Banque mondiale révèle en 2003 qu'au cours des 40 années précédentes, les pays en développement ne disposant pas de richesses naturelles s'étaient développés 2 ou 3 fois plus rapidement que les pays riches en ressources naturelles rares.

L'on entend, dans ces conditions, des conclusions insoutenables, puisées dans l'impuissance, à savoir, « plus les pays sont riches en ressources naturelles, plus pauvres sont leurs populations ». D'autres concluent avec la notion encore plus insoutenable de « la malédiction des ressources ».

Rien n'est plus inexact ! Les pays développés et les pays émergents ont tous pu valoriser leurs ressources, qu'elles soient naturelles ou humaines ; souvent les deux à la fois. La bonne gouvernance et la règle du droit constituent sans doute les meilleures pistes de décollage.

Excellence,

Mesdames et messieurs,

S'il ne fait aucun doute que les crimes contre la vie sauvage représentent des crimes sérieux, des crimes globalisés, qui s'appuient sur des faiblesses et failles institutionnelles, ils appellent une réponse sérieuse, coordonnée, cohérente et efficace tant au niveau local et régional que mondial.

Les réseaux criminels transnationaux, de plus en plus sophistiqués, ne s'abreuvent-ils pas aux sources du manque de coopération internationale et de nos propres lacunes juridiques et institutionnelles ?

Combien de temps vont-ils pouvoir opérer dans une relative impunité, transcendant les frontières et, de ce fait, échapper aux pouvoirs régaliens et aux juridictions des états pris isolément ?

N'est-il pas grand temps de mutualiser les moyens des services de renseignements, y compris par l'utilisation des drones et autres moyens technologiques à disposition, pour anéantir ces réseaux néfastes ? Pour être efficace, la lutte contre le braconnage et contre l'exploitation illicite des ressources naturelles doit se moderniser, s'adapter aux nouveaux défis.

Aucun service technique, aucun ministère ne peut à lui seul, infiltrer les réseaux criminels et les combattre sur le terrain. Les états doivent repenser leur approche, généralement parcellaire et sectorielle ; il convient désormais de fusionner et mutualiser les unités d'intervention.

A l'instar des plans ORSEC permettant de mobiliser, sous un commandement unique, tous les services d'urgence compétents, les états doivent réfléchir à réagir de manière intégrée à cette nouvelle fièvre épidémique qui affaiblit leur système de défense immunitaire et ruine leur santé économique.

Le combat contre le bradage des richesses nationales ne peut se faire sans moderniser les cadres juridiques. Dans nombre de pays, il sera nécessaire d'engager des réformes du système judiciaire pour être à même de traquer la corruption et les complicités qui opèrent tant au niveau national qu'à l'extérieur des nations d'origine des produits illicites.

Au niveau international, les états doivent s'accorder à identifier et pêcher les gros poissons, étouffer leurs réseaux mafieux, les appréhender et les remettre à la justice. Il faut, en même temps, démanteler les petits réseaux nationaux et anéantir les systèmes régionaux de complicité et de duplicité.

Il convient bien entendu, de respecter et d'appliquer les dispositions juridiques internationales en vigueur, telles les décisions et résolutions de la CITES, de l'Assemblée des Nations Unies sur l'Environnement, de la Convention des Nations Unies contre le crime organisé transnational, pour ne citer que certains.

Les Nations Unies, à travers toutes les agences représentées dans cette conférence, y compris le PNUD, l'ONUDC, la FAO, la CEA et le PNUE, saluent les efforts, fort louables du Congo et de l'Union africaine, pour mettre en place une politique africaine et un plan d'action continental.

J'aimerais vous réitérer, excellence, mesdames messieurs, de l'engagement total des Nations Unies à rester à vos côtés et contribuer à la mise en oeuvre efficace de vos plans d'action.

Feu professeur Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso disait : « Dormir sur la natte des autres, c'est comme si l'on dormait par terre ». L'Afrique dormira sur sa propre natte et comptera sur elle-même, avant de faire appel aux nattes des autres, et ce en application d'un principe très simple: « on se développe, on ne développe pas ».

Excellence, mesdames et messieurs,

La conférence qui nous réunit aujourd'hui, peut marquer un tournant dans la gestion rationnelle des ressources naturelles en Afrique. Nous le devons au Congo qui nous reçoit aux bonnes traditions Bantu et Ubuntu. Nous le devons aux 200 millions de jeunes africains qui aujourd'hui ont entre 15 et 24 ans ; ces jeunes qui en 2063, feront pas moins de 40% de la population africaine.

Le succès de la Conférence de Brazzaville se mesurera par le niveau d'ambition de sa feuille de route, par la nature concrète et réaliste de son plan d'action et par le niveau de soutiens politique et financier exprimés et mis en oeuvre par les leaders africains.

Le niveau de réalisation du rêve pour une Afrique unie et prospère en 2063 dépendra, largement, de la protection et de la valorisation des ressources naturelles africaines, ainsi que de l'utilisation exclusive des dividendes de leur exploitation rationnelle au profit des peuples africains. Une sagesse africaine ne dit-elle pas «quand la tête est là, il ne faut pas que le genou prétende vouloir porter le bonnet ».

Je vous remercie.