04 Dec 2019 Récit Ecosystèmes

L'énorme potentiel de l'agriculture pour ralentir le changement climatique

Photo by Neil Palmer, CIAT

Le rôle des sols dans le changement climatique, par le biais de l'oxydation du carbone du sol, est importante. Les sols, et donc l'agriculture, peuvent jouer un rôle majeur dans l'atténuation du changement climatique.

"Grâce à de multiples pratiques agricoles, nous pourrions aider à stocker de grandes quantités de carbone atmosphérique dans le sol, tout en régénérant la fertilité du sol, la santé des plantes et des écosystèmes entiers. Il s'agit d'une solution dite sans regret qui offre de multiples avantages et mérite une visibilité de haut niveau", affirme une récente note du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) intitulée Remettre le carbone là où il doit être, le potentiel de séquestration du carbone par les sols (en anglais)

Les systèmes agricoles industriels produisent de grandes quantités de denrées alimentaires pour le marché mondial. Cependant, ils provoquent une érosion importante des sols, des pertes importantes de biodiversité (y compris de pollinisateurs) et polluent des masses d'eau douce. De plus, ils entraînent une forte dépendance vis-à-vis de l'agro-industrie et de ses produits et nécessitent d'énormes quantités d'eau douce et d'engrais. L'agriculture est responsable d'environ 23 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, le secteur de l'élevage représentant 14,5 % de ces émissions.

La fragilité des sols, la mince couche de terre à la base de presque tout ce qui pousse et de presque tout ce que nous mangeons, remet en question la "durabilité" de l'agriculture industrielle. L'un des problèmes majeurs est que nous perdons des sols en raison de mauvaises pratiques de gestion des terres.

"Dans l'ensemble, la perte de sols dans les zones agricoles est 10 à 40 fois plus rapide que le taux de formation des sols, ce qui met en péril la sécurité alimentaire de l'humanité", explique Abdelkader Bensada, spécialiste des sols et des paysages au PNUE. "Un quart de la surface de la Terre est déjà dégradé."

La superficie de la couche arable fertile presque équivalente à celle de la Grèce ou du Malawi se perd chaque année, selon la note du PNUE.

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Photo : Neil Palmer, CIAT

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, environ 33 % des sols de notre planète sont dégradés.

Entre-temps, de nouvelles recherches (en anglais) menées en Allemagne donnent à penser que les conditions plus chaudes et plus sèches prévues dans le contexte du changement climatique actuel réduiront la vitesse à laquelle la faune du sol (comme les vers de terre, les collemboles et les acariens) et les microbes (comme les bactéries et les champignons) dégradent la matière végétale morte.

Cela peut avoir des implications importantes pour l'agriculture et les écosystèmes naturels du monde entier, car la décomposition des plantes est un processus clé du cycle et de la distribution des nutriments dans les écosystèmes.

La gestion durable des terres et des sols exige une compréhension de la relation fondamentale qui existe entre les plantes et la vie du sol. Les plantes interagissent intensivement avec un grand nombre de micro-organismes, en particulier les microbes et les champignons, dans le sol. "Dans un seul gramme de sol sain, on peut trouver 108-109 bactéries, 105-106 champignons et beaucoup d'autres organismes microscopiques qui influencent la croissance et la santé de la plante, ainsi que le stockage des nutriments et de l'eau dans le sol", indique la note du PNUE.

 

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À gauche : 10 ans de semis direct avec cultures de couverture et pâturage en rotation. À droite : rotation blé labouré-jachère-blé labouré de façon conventionnelle. Les deux sols sont limoneux, séparés de 50 mètres. Photo : Michael Thompson

L'une des principales conclusions de la note est que les pratiques agricoles qui augmentent la matière organique du sol favorisent l'amélioration de la production alimentaire, de la biodiversité, de la rétention d'eau, de la résistance à la sécheresse et d'autres services importants des écosystèmes.

 

Prochain rapport mondial sur la pollution des sols

"La pollution des sols est l'une des principales menaces qui pèsent sur la santé des sols ", explique M. Bensada.

"Elle met en péril la capacité des sols à fournir des services écosystémiques essentiels et met en danger la santé et le bien-être des êtres humains. L'activité humaine est la principale source de pollution des sols. Les activités industrielles et agricoles, l'exploitation minière, la fabrication, le transport et l'élimination des déchets sont autant de sources de pollution des sols qui deviennent une urgence mondiale", ajoute-t-il.

La résolution 3/6 de l'Assemblée des Nations Unies sur l'environnement, intitulée Gestion de la pollution des sols pour parvenir à un développement durable, invite les États membres à prendre des mesures pour lutter contre la pollution des sols. Les domaines d'action spécifiques comprennent : l'évaluation de l'ampleur et des tendances futures de la pollution des sols, ainsi que des risques et des impacts de la pollution des sols sur la santé, l'environnement et la sécurité alimentaire ; la promotion d'une approche coordonnée pour combattre la pollution des sols par une interface science-politique renforcée ; le partage des informations aux niveaux national, régional et international.

Le PNUE, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et l'Organisation mondiale de la santé travaillent ensemble et avec d'autres institutions internationales, régionales et nationales sur un rapport mondial sur l'état de la pollution des sols dans le monde et ses tendances, notamment l'impact des engrais et pesticides sur la santé humaine. L'objectif est de lancer le rapport à l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement en février 2021.

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Photo : Pxhere

Des sols sains et fertiles contribueront à la réalisation de l'objectif de développement durable 1 (Pas de pauvreté) et de l'objectif 2 (Faim zéro), une meilleure gestion des sols contribuera à la réalisation de l'objectif 13 (Action pour le climat) et de l'objectif 15 (Vie sur terre), et l'élimination des rejets et la réduction des rejets de produits chimiques et de matières dangereuses dans l'environnement permettront de réaliser l'objectif 6 (Eau propre et assainissement) en contribuant considérablement à réduire la pollution des sols.

"Il existe donc un lien évident entre la santé des sols et la plupart des objectifs de développement durable, ce qui exige que les gouvernements, le secteur privé et la société civile unissent leurs efforts pour prévenir de nouvelles pollutions, minimiser leurs effets négatifs et assainir les sites et les sols pollués qui présentent un risque pour la santé humaine et l'environnement ", déclare M. Bensada.

 

Le thème de la Journée mondiale des sols 2019 (#JournéeMondialeDesSols), célébrée le 5 décembre, est "Empêchons l'érosion des sols, protégeons notre avenir". L'objectif est de sensibiliser la population sur l'importance du maintien d'écosystèmes sains pour le bien-être humain en abordant les défis croissants liés à la gestion des sols et, accroître la visibilité du thème des sols en encourageant les gouvernements, les organisations, les communautés et les individus du monde entier à s'engager activement pour améliorer la santé des sols.

Pour plus d'informations, veuillez contacter Abdelkader Bensada : [email protected]