22 Feb 2019 Story Oceans & seas

Surfer sur une vague de changement : la campagne Océans Propres célèbre deux années d'action

Les îles lointaines des Galápagos sont un inquiétant rappel du pouvoir destructeur de notre dépendance au plastique. Nous avons vu des images horribles d’espèces emblématiques se débattant sur des rivages semés d’ordures qui étaient depuis si longtemps synonyme d’isolement et de pureté.

Mais les célèbres îles de l’Équateur témoignent également des objectifs qui peuvent être atteints lorsque l’indignation se transforme en action positive. C’est le principe central de la campagne Océans Propres dirigée par ONU Environnement, qui a galvanisé les communautés depuis son lancement en février 2017.

Cinquante-sept pays, de l'Argentine au Yémen, ont rejoint cette initiative et se sont engagé à réduire les plastiques à usage unique, à protéger les eaux nationales et à encourager davantage de recyclage. Cette campagne représente désormais la plus grande alliance mondiale de lutte contre la pollution marine par les plastiques, dont les engagements représentent plus de 60% des côtes du monde.

Des entités autres que les gouvernements ont rejoint la campagne. Qu'il s'agisse de consommateurs refusant des produits étouffant sous le plastique ou des influenceurs sur internet incitant les autres à partager leur mode de vie « zéro déchet », un réveil mondial a eu lieu et s'est répandu.

Plus de 100 000 personnes ont pris l’engagement pour des Océans Propres de réduire leur empreinte plastique. Beaucoup d'entre eux utilisent les hashtags #OcéansPropres et #CombattreLaPollutionPLastique sur Twitter et Instagram pour inciter leurs amis et connaissances à suivre leur exemple et à réduire leur usage de plastiques à usage unique.

L'Amérique latine et les Caraïbes ont été à l'avant-garde de ce mouvement mondial, l'Équateur figure parmi les 17 pays de la région qui ont rejoint la campagne Océans Propres.

« Les pays et les citoyens d'Amérique latine et des Caraïbes prennent des mesures audacieuses et exemplaires pour lutter contre la pollution par les plastiques et pour protéger leurs précieuses ressources marines », affirme Leo Heileman, directeur régional du bureau régional d'ONU Environnement en Amérique latine et dans les Caraïbes.

« Les gouvernements réglementent les plastiques à usage unique en adoptant plusieurs interdictions et les citoyens agissent dans le cadre de campagnes et de nettoyages massifs. Cependant, l'industrie doit redoubler d'efforts pour trouver des alternatives innovantes au plastique », déclare Leo Heileman.

Pour les espèces rares des îles Galápagos, à 600 km des côtes équatoriennes, il s’agit d’une question de vie ou de mort.

« Nous avons vu des pélicans, des iguanes et des lions de mer pris dans des sacs en plastique, des filets et des cordes », se lamente Jorge Carrión, directeur du parc national des Galápagos. « Lorsque le plastique se décompose en microplastique, il peut pénétrer dans la chaîne alimentaire : le poisson le mange et cela peut avoir des conséquences sur la consommation humaine. »

Les autorités insulaires ont adopté des lois interdisant les articles en plastique à usage unique, tels que les pailles et les sacs. Des volontaires et des pêcheurs ont participé au nettoyage de plages isolées et les services de gestion des déchets ont été renforcés.

Une grande partie des déchets présents aux Galápagos proviennent d’autres pays, ce qui montre bien la nécessité d’une lutte internationale contre le plastique jetable.

A l'autre bout du monde, l'Inde, a  également rejoint la campagne Océans Propres en organisant la Journée mondiale de l'environnement en juin dernier, promettant d'éliminer tous les plastiques à usage unique à l'horizon 2022, une mesure potentiellement décisive pour un pays qui compte environ 1,3 milliard d'habitants.

Le Kenya est un autre pionnier de la réduction de l'utilisation du plastique jetable, qui a rejoint la campagne en décembre 2017 et qui a également imposé l’une des interdictions les plus sévères au monde en matière de sacs en plastique.

Les autres engagements notables de la campagne Océans Propres incluent :

  • Le Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique et l’un des 10 plus grands pollueurs de plastique au monde, s’est engagé à ouvrir 26 usines de recyclage de plastique.
  • La Suède a promis d’apporter environ 1 million de dollars américains aux travaux d’ONU-Environnement sur le plastique marin.
  • Le Vanuatu, qui a rejoint la campagne l'année dernière, est devenu le premier pays au monde à interdire les pailles en plastique en mai.
  • Le Panama a interdit les sacs en polyéthylène au début de 2018.
  • Le Costa Rica a adopté une stratégie nationale visant à réduire considérablement l'utilisation de plastiques jetables d'ici 2021.
  • Le Belize, les Bahamas, les Bermudes et la Jamaïque ont adopté ou sont en train d'élaborer des lois visant à éliminer les plastiques à usage unique.
  • En mai dernier, le Chili est devenu le premier pays d'Amérique du Sud à approuver une interdiction nationale des sacs en plastique à usage unique. L'interdiction est entrée en vigueur cette année pour les grands détaillants.
  • L'Australie, qui a adhéré à la campagne en octobre, s'est engagée à ce que 100% de ses emballages soient réutilisables, compostables ou recyclables d'ici 2025 et que les emballages à usage unique superflus soient éliminés progressivement par le biais de la conception, de l'innovation ou de l'introduction de solutions de remplacement.
  • Le Brésil, membre de la campagne depuis septembre 2017, collabore avec ONU Environnement et ses partenaires pour l'élaboration d'un plan d'action national sur les déchets marins. En novembre dernier, une consultation publique sur ce sujet a été lancée.

Les autorités nationales ne sont pas les seules à faire preuve de leadership. En août, la ville de Tijuana, au Mexique, est devenue la première ville mexicaine, à la frontière avec les États-Unis, à interdire les sacs en plastique jetables. Plusieurs autres États et villes, dont Querétaro, ont également interdit les sacs en plastique, même si le Mexique n'a pas officiellement rejoint la campagne Clean Seas.

Les particuliers peuvent également faire la différence: au Kenya, entrepreneurs et volontaires ont construit un dhow traditionnel en plastique recyclé et des tongs pour illustrer de manière spectaculaire le gaspillage de déchets en plastique. Le flamboyant boutre Flipflopi est parti de l’île de Lamu en janvier et s'est rendu à Zanzibar, faisant escale dans les villes et villages se trouvant sur son itinéraire pour propager une #révolutionplastique.

ONU Environnement a exploité le pouvoir des réseaux sociaux pour encourager de telles actions. En amont de la Journée mondiale de l’environnement de l’année dernière, les citoyens ont été encouragés à participer à un jeu mondial pour #CombattreLaPollutionPlastique et à s'engager publiquement à abandonner un objet en plastique à usage unique.

Dans le prolongement de cette conversation numérique, ONU Environnement a publié un court métrage à l’occasion de la Saint-Valentin 2018 invitant les téléspectateurs à « rompre » avec le plastique, en utilisant par exemple des bouteilles d’eau réutilisables et en se servant de sacs réutilisables.La vidéo a été vue environ 3,4 millions de fois. Une suite a été produite en décembre et a été visionné 5 millions de fois.

La campagne Océans Propres a également lancé un défi « Le plastique pendant la rentrée scolaire » et le studio d’animation allemand Kurzgesagt a encouragé les écoles et les groupes de jeunes à trouver des moyens créatifs de réduire ou d’éliminer les plastiques à usage unique. Kurzgesagt a produit une vidéo pédagogique comparant notre fléau en plastique moderne à la légende du roi Midas, qui a appris à utiliser son pouvoir pour transformer tout ce qu'il touchait en or.

Le monde du sport a adhéré à la campagne Clean Seas, transformant une foule d'événements en appels à l'action rassembleurs. En janvier, la course sur route chinoise de Xiamen a été le premier marathon international à se joindre à la campagne. Les organisateurs se sont engagés à réduire de 60% les déchets plastiques.

Les organisateurs de l'épuisante Volvo Ocean Race 2017-18 ont réduit l'utilisation de plastique dans leurs villages de course situés dans 12 villes réparties sur six continents, en travaillant avec les fournisseurs et les entreprises locales pour recycler tous les matériaux utilisés. Grâce aux points de remplissage en eau, l'utilisation d'environ 388 000 bouteilles en plastique à usage unique a été évitées et environ 20 000 personnes ont souscrit à l'engagement Clean Seas.

Pendant ce temps, le jeune équipage du yacht Turn the Tide on Plastic aplacé le message de Clean Seas au centre de ses préoccupations lors de cette course autour du monde. Dirigés par la Britannique Briton Dee Caffari, ils ont également collecté des données d'océans éloignés, mesurant entre autres des niveaux de pollution microplastique.

En août dernier, le nageur d'endurance Lewis Pugh a achevé son record épique le long de la Manche afin de sensibiliser le public à la nécessité de protéger davantage nos océans contre des menaces telles que la pollution plastique, la surpêche et le changement climatique.

Les entreprises ont également un rôle à jouer, en particulier dans la direction d'une économie mondiale circulaire qui évite le vieux modèle de prise, de fabrication et de gaspillage. Le tollé grandissant suscité par le public pour des pratiques plus durables ne peut plus être ignoré et la raison économique de l'inaction est de plus en plus considérée comme fausse.

Des innovateurs à la recherche de solutions de remplacement du plastique aux conglomérats s’engageant à faciliter le recyclage de leurs emballages, la seule limite est l’imagination. Certaines de ces idées novatrices seront débattues lors de la quatrième Assemblée des Nations Unies pour l'environnement au Kenya en mars. Le slogan de la réunion est "penser à la planète et vivre simplement."

La campagne Océans Propres a déclenché une révolution mondiale dans notre façon de voir et d'utiliser le plastique. Mais il reste beaucoup à faire et le temps n’est pas de notre côté. Il n’existe pas de solution miracle et la pollution plastique ne peut être neutralisée par un seul secteur de la société ou un seul pays.

Pour Jorge Carrión, directeur du parc national des Galápagos, notre problème gigantesque avec le plastique exige que nous agissions tous.

« Souvent, nous accusons les entreprises et nous n'assumons pas notre responsabilité d'acheter des plastiques et de ne pas les recycler ensuite », a-t-il déclaré. « Ces campagnes (comme celle d'Océans Propres) aident à sensibiliser les populations, mais il est également nécessaire de sensibiliser les décideurs à l'adoption de politiques régionales et sectorielles plus étendues. »

 

En amont de la tenue de l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement du 5 au 15 mars 2019, ONU Environnement exhorte tout un chacun à penser à la planète et à vivre simplement. Participez au débat sur les réseaux sociaux en utilisant le mot-dièse #SolutionsInnovantes pour partager vos histoires et découvrir ce que font les autres pour assurer un avenir durable à notre planète.