20 Jun 2018 Story Climate change

Pour une industrie du thé respectueuse de l'environnement au Vietnam

UN Environment / Lisa Murray

L'agriculture durable change les choses pour les producteurs de thé vietnamiens

Boire du thé est un élément clé de nombreux interactions et rituels sociaux au Vietnam. Le thé est également l'une des marchandises les plus exportées du pays. Pourtant, ces dernières années, des averses importantes et imprévisibles et une surexploitation des produits agrochimiques ont conduit à des récoltes de mauvaise qualité, à de faibles rendements et à un déclin de la réputation du thé vietnamien sur le marché d'exportation mondial.

Mais désormais, avec l'aide d'ONU Environnement et de ses partenaires, les producteurs de thé vietnamiens ont pu renverser la situation grâce à l'adoption impressionnante de techniques agricoles durables. Le revenu moyen des agriculteurs a connu une augmentation de 30% en l'espace de seulement deux ans.

Thanh produit du thé depuis 1983. Ses deux enfants ont grandi parmi les théiers. Le thé a toujours été la principale source de revenus de Thanh et les six récoltes cycliques qu'elle obtient tout au long de l'année sont devenues partie intégrante des rythmes de la vie familiale. Debout au milieu des rangées parfaitement droites de théiers recouvrant sa plantation de deux hectares elle explique les effets dévastateurs des fortes pluies sur sa petite exploitation au cours des dernières années.

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L'utilisation réduite de produits chimiques a augmenté la demande de thé vietnamien de la part d'acheteurs internationaux - et a donné un coup de pouce bienvenu aux moyens de subsistance des producteurs. Photo ONU Environnement / Lisa Murray

 "Lorsque la pluie est arrivée, la terre arable, la couche fertile, a été emportée. Il ne nous restait plus que des pierres et des pierres, plus rien ne pouvait pousser."

Le changement climatique a entraîné une augmentation des fortes pluies et des inondations dans cette région du nord du Vietnam, les agriculteurs qui ont la malchance de travailler sur des pentes abruptes sans couverture forestière suffisante ont dû faire face à de fréquents glissements de terrain et à de graves dommages aux cultures dus à l'érosion des sols. Comme la plupart des autres producteurs de thé dans sa commune, Thanh avait déjà utilisé des herbicides et des pesticides, ce qui signifiait que ses récoltes ne respectaient pas les normes internationales du commerce. L'utilisation répétée de produits chimiques a également endommagé le sol dont elle et sa famille dépendaient tuant les organismes bénéfiques ainsi que les ravageurs, entraînant une réduction de la matière organique et une faible capacité de drainage du sol. Ces mauvaises techniques de gestion des ressources naturelles ont contribué à la contamination généralisée de l'eau menaçant ainsi les moyens de subsistance des régions montagneuses du centre et du nord du Vietnam.

L'ampleur du défi que représente la dégradation des terres et son impact sur les producteurs de thé en Asie a incité ONU Environnement à collaborer avec The Rainforest Alliance pour établir le projet intitulé Sustainable Lands Production Landscapes. Depuis 2014, l'initiative financée par le Fonds pour l'environnement mondial opère dans cinq des régions productrices de thé les plus connues d'Asie : Darjeeling et l'Assam (Inde), le Yunnan (Chine), les basses terres du Sri Lanka et du Vietnam. Elle vise à informer les petits agriculteurs et les grands cultivateurs de thé des dangers de la dégradation des terres, les former à l'agriculture durable et aux techniques de gestion des terres.

Les objectifs environnementaux du projet sont de protéger et de restaurer la fertilité des sols, de renforcer la séquestration du carbone et de conserver la biodiversité des paysages de production de thé, mais aussi de sécuriser les moyens de subsistance des agriculteurs en réduisant leur vulnérabilité aux récoltes, ce qui commence à porter ses fruits.

Depuis qu'elle a commencé à mettre en œuvre des techniques d'agriculture durable après avoir reçu une formation dispensée dans le cadre du projet, le revenu familial de Thanh a été multiplié par deux et l'usine de thé à proximité de sa plantation est prête à payer plus pour ses récoltes en raison de leur meilleure qualité.

« Nous avons complètement cessé d'utiliser des herbicides », dit-elle, en expliquant les méthodes biologiques qu'elle utilise désormais pour limiter les ravageurs et améliorer les nutriments présents dans le sol. « J'ai appris à appliquer le paillis et à faire pousser des haies, de sorte que les écosystèmes naturels luttent contre les ravageurs. Nous combinons également la culture du thé avec celle de légumineuses, qui permettent de reconstituer et de fixer l'azote dans le sol. »

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« Nous avons complètement cessé d'utiliser des herbicides » : Thanh est l'une des milliers de producteurs de thé vietnamiens ayant adopté l'agriculture durable. Photo d'ONU Environnement / Lisa Murray

L'enthousiasme de Thanh a également fait d'elle une excellente formatrice pour ses pairs, elle a formé environ 70 autres producteurs de thé aux techniques d'agriculture durable. Selon Rikolto, le partenaire assurant la mise en oeuvre du projet au Vietnam, plus de 3 000 acteurs des communautés productrices de thé, des coopératives de cultivateurs et des gouvernements locaux des provinces de Yen Bai, Lai Chau et Thai Nguyen ont été formés aux alternatives aux produits agrochimiques et à la gestion efficace des sols. Rikolto a utilisé la méthodologie de Farmer Field School, qui met l'accent sur l'apprentissage par l'expérience, en capitalisant sur les connaissances locales et en habilitant les cultivateurs à s'approprier les questions relatives aux sols et à la terre. Le programme met également l'accent sur l'importance d'utiliser du compost, de l'engrais vert et de planter des arbres d'ombrage pour maintenir constants les niveaux de température et d'humidité.

Aujourd'hui, les champs de Thanh sont luxuriants et d'un vert profond. Cela n'a pas toujours été le cas.

« Avant de rejoindre le projet mes théiers étaient de petite taille et de couleur rouge en raison de la malnutrition. Maintenant, ils ont l'air en bonne santé parce qu'ils sont à l'ombre et obtiennent ce dont ils ont besoin », dit-elle avec un sourire. « Ma production a été multipliée par deux ! »

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Le projet Mainstreaming Sustainable Management of Tea Production Landscapes est un partenariat de 14 millions de dollars soutenu par le Fonds pour l'environnement mondial, ONU Environnement, Rainforest Alliance et plusieurs partenaires au Vietnam, au Sri Lanka et en Chine

Pour plus d'informations sur le projet intitulé Sustainable Tea Production Landscapes, veuillez contacter Max Zieren.