16 Jan 2018 Story Oceans & seas

Pollutions

De Pierre-Yves Cousteau

Quand j’étais enfant, mon père le commandant Cousteau, aventurier et explorateur des océans, me grondait parfois pour quelque attitude ou geste ayant entrainé une conséquence malheureuse. « Je n’ai pas fait exprès ! » m’en défendais-je. Et sa réponse, toujours la même : « Tu aurais pu faire exprès de ne pas le faire. »

Il y a plus de 3,8 milliard d’années, de microscopiques organismes marins commencèrent la production d’une nouvelle molécule sur notre planète, un déchet de leur métabolisme, rejeté sans ménagement dans l’eau et l’air : le dioxygène. Bulle par bulle, ces minuscules colons oxydèrent non seulement tout l’ensemble de la croute terrestre, mais aussi tous les océans. Ce dioxygène, d’une toxicité redoutable pour tous les autres microorganismes qui étaient jusqu’alors maitres de la planète, se transforme en couche d’ozone au contact des rayons ionisants dans la haute atmosphère, et protège aujourd’hui encore les organismes terrestres des radiations solaires mutagènes.

Le terme pollution, du latin Polluere et du grecque Miasma, désigne la souillure involontaire. Depuis l’antiquité, l’homme pollue et souille, la nature comme lui-même, ce que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme d’externalités. La production de biens et de services, des forges de cuivre de l’empire Romain aux sacs plastiques contemporains, entraine la libération dans l’environnement de molécules qui nuisent à la vie.

La notion d’intention est au centre de ce problème global qui contribue à l’appauvrissement de la vie sur terre, tant dans sa diversité que dans sa qualité. Si quelqu’un se met à tout casser, détruire, dégrader autour de lui, on l’enferme sans attendre. Cependant, des lors qu’il en tire un bénéfice économique : on l’encourage, on le subventionne. Dès que l’argent entre dans l’équation, toutes les destructions sont encouragées. L’environnement et la vie humaine s’éclipsent devant le veau d’or. Pour le pétrolier, marées noires et changement climatique sont des risques acceptables. Pour le marchand d’armes, les cadavres sont une pollution admissible.

Aujourd’hui plus d’un tiers des poissons et fruits de mer contiennent du plastique. 80% de l’eau du robinet du monde contient des microparticules de plastique. Le CO2 que nous avons déjà émit nous garantie une montée des eaux de plus de douze mètres. Les fleuves et rivières déversent leur contenu toxique dans les mers dont nous raclons le fond avec un acharnement industriel. Mais c’est toujours involontaire. Nous ne souhaitons pas tuer l’ours polaire en appuyant sur le champignon. Nous ne le faisons pas exprès ! Mais nous pourrions faire exprès de ne pas le faire.

La circularisation de l’économie mime les processus naturels desquels nous nous sommes aliénés. Elle implique qu’il n’existe pas de déchets. Que tout produit, toute activité, alimente d’autres processus de valorisation. Nous sommes devenus les maitres de cette planète en nous coupant de ses cycles. Pour le rester, nous devrons les intégrer à notre système économique.

La vie politique, les valeurs, ont rendu les armes face à l’algorithme économique qui nous gouverne tous. Cet algorithme, nous lui devons une sécurité, un confort, une commodité sans précèdent dans l’histoire humaine. La destruction de l’environnement est une de ses conséquences involontaires, ses pollutions. Il faut que ce système évolue pour tenir compte des externalités. Nous devenons trop nombreux sur cette ile dans l’espace pour ignorer plus longtemps nos impacts.