03 Apr 2018 Story Ecosystems

Planète plastique : de minuscules particules de plastique polluent notre sol

Les millions de tonnes de plastique qui s'accumulent dans les gyres océaniques ont récemment attiré l'attention des médias. Mais la pollution plastique représente sans doute une plus grande menace pour les plantes et les animaux - y compris les humains - se trouvant sur la terre ferme. 

Une très petite quantité du plastique que nous jetons tous les jours est recyclée ou incinérée dans des installations de valorisation énergétique. Une grande partie d'entre elle se retrouve dans les sites d'enfouissement, où 1 000 années seront nécessaires à sa décomposition, libérant dans le même temps des substances potentiellement toxiques dans le sol et l'eau.

En Allemagne, des chercheurs nous avertissent que les microplastiques présents dans les sols, les sédiments et l'eau douce pourraient avoir un effet négatif à long terme sur les écosystèmes. Ils affirment que la pollution microplastique terrestre est beaucoup plus élevée que la pollution microplastique marine - entre 4 et 23 fois plus élevée, en fonction de l'environnement.

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A gauche : terrain de football en gazon artificiel fabriqué avec des morceaux de pneu en caoutchouc pour amortir les chutes. À droite : microplastiques du même champ, emportés par la pluie et trouvés près d'un cours d'eau, Kristiansand, en Norvège. Photo de Soleincitta

Les scientifiques arrivent à la conclusion que, même si peu de recherches ont été menées dans ce domaine, les résultats obtenus à ce jour sont préoccupants : des fragments de plastique sont retoruvés pratiquement partout dans le monde et peuvent être à l'origine de nombreux types d'effets indésirables.

L'étude considère qu'un tiers de tous les déchets plastiques se retrouvent dans les sols ou l'eau douce. La majeure partie de ce plastique se désintègre en particules de moins de cinq millimètres, appelées microplastiques, qui se décomposent ensuite en nanoparticules (taille inférieure à 0,1 micromètre). Le problème est que ces particules pénètrent dans la chaîne alimentaire.

Les eaux d'égout

Les eaux usées sont un élément important dans la propagation des microplastiques. Entre 80% et 90% des particules de plastique contenues dans les eaux usées, telles que les fibres textiles, persistent dans les boues résiduaires, indique l'étude. Les boue résiduaire sont souvent déversées dans les champs en guise d'engrais, ce qui signifie que plusieurs milliers de tonnes de microplastiques se retrouvent dans nos sols chaque année. Les microplastiques peuvent même être retrouvés dans l'eau du robinet.

En outre, des organismes pathogènes peuvent se trouver sur la surface des minuscules fragments de plastique et agir comme vecteur de maladies dans l'environnement. Des interactions sont susceptibles d'avoir lieu entre les microplastiques et la faune du sol, modifiant leur santé et les fonctions du sol. « Les vers de terre, par exemple, creusent leurs terriers différemment lorsque des microplastiques sont présents dans le sol, cela a des conséquences sur la forme physique du ver de terre et l'état du sol », explique un article paru dans Science Daily au sujet de la recherche.

Effets toxiques

Des produits chimiques nocifs peuvent être libérés dans le sol environnant par le plastique chloré, qui ensuite s'infiltrent dans les eaux souterraines ou d'autres sources d'eau environnantes, ainsi que dans l'écosystème. Une série d'effets potentiellement nocifs sur les espèces qui boivent l'eau peuvent s'ensuivre.

 

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Pelle excavatrice répandant des boues résiduaires dans un champ

En général, lorsque les particules de plastique se décomposent, elles acquièrent de nouvelles propriétés physiques et chimiques, ce qui augmente le risque d'effet toxique sur les organismes. Plus le nombre d'espèces et de fonctions écologiques potentiellement touchées est important, plus il est probable que des effets toxiques surviendront.

Les effets chimiques sont particulièrement problématiques au stade de la décomposition. Des additifs tels que les phtalates et le bisphénol A (largement connu sous le nom de BPA) sont relâchés par des particules de plastique. Ces additifs sont connus pour leurs effets hormonaux et peuvent perturber le système hormonal des vertébrés et des invertébrés. De plus, les nanoparticules peuvent provoquer une inflammation, traverser des barrières cellulaires et même traverser des membranes hautement sélectives comme la barrière hémato-encéphalique ou le placenta. Une fois dans la cellule, ils peuvent déclencher des changements dans l'expression génique et les réactions biochimiques, entre autres.

Les effets à long terme de ces changements n'ont pas encore été suffisamment explorés. "Cependant, il a déjà été démontré que lors du passage de la barrière hémato-encéphalique, les nanoplastiques ont pour effet un changement de comportement chez les poissons", selon l'Institut Leibniz d'écologie des eaux douces et des pêches intérieures .

Comment les microplastiques pénètrent-ils dans notre eau ?

Nos vêtements en sont l'une des sources principales. Chaque fois que nous lavons nos vêtements, de minuscules fibres d'acrylique, de nylon, de spandex et de polyester sont libérées puis transportées vers les usines de traitement des eaux usées ou rejetées dans un environnement ouvert.

Selon une étude récente citée par Water World, plus de 700 000 fibres plastiques microscopiques pourraient être libérées dans l'environnement lors de chaque cycle d'une machine à laver. Le cas du lavage à la main n'a pas encore été étudié, plus courant dans les pays en développement, mais ses effets pourraient également être non-négligeables.

Une étude réalisée en 2016 par l'entreprise de vêtements Patagonia et menée par des chercheurs de l'Université de Californie à Santa Barbara, a démontré qu'un seule lavage d'une veste en fibres synthétiques libérait en moyenne 1,7 grammes de microfibres.

Microbilles

Les microbilles sont des particules de plastique solides particules de plastique solides qui mesurent typiquement entre 10 micromètres (0,00039 pouces) et un millimètre (0,039 pouces).

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Plusieurs pays à travers le monde ont introduit des législations interdisant la fabrication de cosmétiques et de produits de soins personnels contenant des microbilles. De telles lois ont déjà été adoptées au Canada, en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Un colloque mondial sur la pollution des sols aura lieu au siège de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, à Rome, du 2 au 4 mai et 500 à 700 participants y seront attendus. Les plastiques et les microplastiques seront des sujets de discussion dans la catégorie "Produits chimiques d'intérêt émergent". D'autres exemples de tels produits chimiques sont les hormones, les perturbateurs endocriniens et les produits pharmaceutiques. ONU Environnement est l'un des coorganisateurs de ce colloque. 

#CombattreLaPollutionPlastique est le thème de la journée mondiale de l'environnement 2018.

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