11 Jul 2018 Story Oceans & seas

Lewis Pugh s'attaque à « l'Everest de la natation » pour alerter sur la situation critique des océans du monde

Lorsque l'homme qui a nagé dans les eaux les plus froides du monde et dont le surnom est "l'ours polaire humain", annonce qu'il est sur le point de se lancer dans la course la plus dure de sa carrière, il est temps d'en parler.

Le nageur d'endurance Lewis Pugh a poussé son corps à ses limites dans le but de sensibiliser les gens du monde entier aux menaces qui pèsent sur nos océans. Maintenant il s'engage dans un nouveau défi et se prépare à nager le long de la Manche équipé d'un maillot de bain, de lunettes de piscine, d'un bonnet afin de convaincre d'assurer la protection de 30% des océans du monde d'ici 2030.

"La Manche est l'Everest de la natation. Elle l'a toujours été et le restera... c'est une nage vraiment difficile. C'est une nage longue, froide et remplie de méduses", a déclaré Lewis Pugh à Londres mardi dernier à l'occasion du lancement officiellement de The Long Swim.

Lewis Pugh, nommé protecteur des océans par ONU Environnement, partira de Land's End (dans les Cornouailles) cette semaine et nagera 560 km (350 miles) jusqu'à Douvres dans le Kent pendant 50 jours consécutifs.

Son objectif est de nager cinq heures, soit en moyenne 10 à 20 km (6-12 miles) par jour. Il s'est entraîné dans les eaux froides des îles Falkland et de l'Afrique du Sud, où il vit et nage environ 7 km par jour. Mais ce nouveau défi concerne autant l'esprit que le corps.

"Cela va être une baignade monumentale", a-t-il déclaré. "Cette course est la plus longue que j'aurai jamais entreprise et elle exigera un état d'esprit complètement différent... On peut obtenir beaucoup de son corps mais au final, ce sera mon coeur qui me mènera à Douvres. Ce sera un voyage physique et mental énorme."

Environ 1.800 personnes ont nagé le long de la Manche depuis que le Capitaine Matthew Webb a été le premier à relever le défi en 1875. Mais personne n'a tenté de nager sur toute sa longueur équipé seulement d'un maillot de bain,  de lunettes et d'un bonnet.

The Long Swim marque le début d'une nouvelle campagne mondiale intitulée Action for Oceans visant à encourager les gouvernements à protéger 30% des océans de la planète avant 2030. Lewis Pugh, qui soutient la campagne Océans Propres d'ONU Environnement, a déclaré avoir vu des changements terribles dans les océans du monde au cours des trois dernières décennies.

« Je nage depuis 30 ans, c'est une longue période dans la vie d'un homme, mais en termes écologiques, c'est une infime période de temps et j'ai littéralement vu l'océan changer. De l'Arctique à l'Antarctique et les récifs coralliens, partout, j'ai vu les océans changer », affirme-t-il.

 « Nos océans ne sont ni propres ni sains. Chaque année, je vois de plus en plus de pollution plastique ... Je le vois en surface et au fond des océans. Je vois les poissons et les oiseaux ingérer du plastique, puis ils en meurent et si nous mangeons du poisson, nous mangeons nous aussi du plastique ».

Lewis Pugh, né à Plymouth, a voulu relayer ce message important dans son pays d'origine pour ce dernier défi. Son but est également de faire pression sur le gouvernement britannique afin d'établir des zones de protection marines plus sûres autour du Royaume-Uni et de ses territoires d'outre-mer. Seulement une infime fraction des eaux britanniques est entièrement protégée.

« Il est choquant qu'un pays qui se présente comme chef de file des océans n'ait protégé que sept kilomètres carrés sur ses 750 000 kilomètres carrés de côte », a-t-il déclaré.

« La principale cause pour laquelle je milite maintenant, c'est que le Royaume-Uni saisisse vraiment cette opportunité parce que... ce ne sont pas des problèmes que vous pouvez régler l'année prochaine ou l'année suivante... Il ne s'agit pas de protéger les générations futures. Il s'agit de protéger notre génération. La vitesse à laquelle cela se passe maintenant est cruciale. J'exhorte le gouvernement du Royaume-Uni à devenir un champion des océans, afin de mener le monde à la protection de ces zones importantes et importantes », a-t-il déclaré.

Le professeur Callum Roberts, biologiste spécialiste de la conservation marine de l'Université de York, conseiller scientifique de la série télévisée Blue Planet II et présent lors du lancement de The Long Swim, a déclaré que la Grande-Bretagne devait en faire plus pour que toutes les nations assurent la protection d'au moins 10% de leurs mers d'ici 2020.

« Une infime fraction de nos mers est protégée selon les meilleurs standards de la pratique internationale. Une petite fraction est protégée contre les activités de pêche les plus dommageables, mais la plupart des zones marines protégées ne répondent pas aux critères internationaux de gestion et de protection, ce qui signifie que nous sommes encore loin derrière l'objectif des Nations Unies d'avoir 10% de nos océans classés en zones protégées », a t-il dit.

« Nous devons assurer la protection d'écosystèmes et de sites entiers plutôt que de nous concentrer sur des éléments et des niveaux de protection faibles. Nous devrions bien gérer cette gestion et veiller à ce qu'il y ait suffisamment de surveillance et d'application et, au lieu de fixer des objectifs pour la nature, donnons à la nature la protection dont elle a besoin et laissons-la décider quelle est sa capacité de récupération. Ce faisant, nous aurons un réseau international de zones marines protégées qui sera à l'avant-garde des pratiques de conservation, non seulement en Europe mais dans le monde entier », a déclaré Callum Roberts.

Lewis Pugh, qui a joué un rôle clé dans les négociations pour établir la plus grande zone de protection marine au monde dans la mer de Ross au large de l'Antarctique en 2015, a envoyé un message personnel au nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, désigné pour remplacer Boris Johnson suite à sa démission cette semaine.

"Il est profondément troublant de constater que dans la partie la plus importante du sol britannique, à savoir la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud, la plus importante du point de vue de la biodiversité, moins de 2% de la superficie est entièrement protégée. Nous pouvons faire mieux et nous devons faire mieux", a déclaré Lewis Pugh.

"La chose la plus importante maintenant pour le nouveau ministre des Affaires étrangères est de protéger correctement les îles Sandwich du Sud. Cela a duré trop longtemps ", a-t-il dit, décrivant le Territoire britannique d'outre-mer dans l'Atlantique Sud comme le" Serengeti des océans du Sud".

Lewis Pugh, la première personne à effectuer une nage longue distance dans tous les océans du monde, a entrepris son premier défi âgé alors de seulement 17 ans, entre Robben Island et Cape Town. En 2007, il a accompli la première traversée du pôle Nord afin de souligner la fonte de la banquise arctique. En 2010, il a traversé un lac glaciaire sur le mont Everest pour attirer l'attention sur la fonte des glaciers et l'impact de la réduction de l'approvisionnement en eau sur la paix mondiale.

Lors de cette "longue nage", il s'approchera parfois du littoral et espère que le public le rejoindra en s'appropriant son exploit et en en faisant « la nage d'un peuple ».

https://www.youtube.com/watch?v=2Vuf3Grf9bg

Surfers Against Sewage, une association pour la conservation des ressources marines, organisera des nettoyages de plage le long du trajet effcetué par Lewis Pugh, afin de mobiliser des soutiens pour leurs efforts visant à protéger les plages et les mers. L'association a récemment lancé une nouvelle campagne internationale intitulée Plastic Free Communities, visant à encourager les particuliers, les entreprises et les gouvernements locaux à réduire leur empreinte plastique collective.

Lewis Pugh a bien conscience que la nage pésera lourdement sur chaque centimètre de son corps : il souffrira d'irritations sous ses bras, sa langue pourrait gonfler et il y a le risque de contracter une hypothermie très réel. S'il parvient à nager environ six heures par jour, il aura besoin d'environ 10 000 calories. « Je vais passer beaucoup de temps à manger et à nager », a-t-il dit.

Et puis il devra faire face aux hautes marées, aux tourbillons et aux méduses regroupés entre Weymouth et Plymouth après les récentes températures relativement chaudes.

"Il n'existe pas de solution facile pour éviter les méduses, surtout si vous nagez la nuit", a-t-il dit.

Cependant, son plus grand exploit pourrait être de conserver la certitude qu'il peut aller jusqu'au bout de son défi.

"Je sais que je vais voir les falaises blanches de Douvres mais le paradoxe est que je ne sais pas comment. Je m'inquiète pour demain et la semaine prochaine et je m'inquiète aussi pour la nage du mois prochain... Il s'agit de rassembler toutes ces choses avec une vision commune et c'est : nous allons à Douvres et nous allons à Douvres parce que nous avons une raison d'arriver à Douvres."