11 Jun 2018 Story Forests

Les forêts en première ligne

D'Erik Solheim, Chef d'ONU Environnement

Un groupe de collègues ont récemment visité des plantations de café à Kiambu, à quelques kilomètres de Nairobi, la capitale du Kenya. On leur a expliqué qu'au cours des dix dernières années, le climat de plus en plus chaud a conduit à la réduction du nombre de grains de cafés par caféier. Auparavant, l'exploitation produisait une grande récole de grains de cafés par an, maintenant elle en produit deux ou trois plus petites. Cela a entraîné une augmentation de la consommation d'eau et des coûts de production, certaines fermes n'étant plus rentables. Les agriculteurs essaient de s'adapter en ajoutant plus de paillage afin de retenir l'humidité présente dans le sol.

Non loin de là, les deux sommets les plus élévés d'Afrique de l'Est, le Kilimandjaro et le Mont Kenya, ont vu leurs glaciers rétrécir dramatiquement au cours des vingt dernières années. L'impact ne se limite pas à la fonte des neiges emblématiques de la savane : l'approvisionnement en eau, l'agriculture et bien d'autres conséquences se feront ressentir.

Nous savons avec certitude que 17 des 18 années passées ont été les plus chaudes depuis 1880, année où des données fiables ont été enregistrées pour la première fois.

Comme l'a souligné le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, l'ensemble des données publiées indique que les coûts nets des dommages causés par le changement climatique seront probablement importants et augmenteront.

Même les compagnies d'assurance commence à le prendre en compte.

Quatre organismes actuariels nord-américains ont entamé une collaboration pour élaborer un indice climatique des actuaires et un indice de risque climatique actuariel, qui sera bientôt publié. Cet indice vise à aider l'industrie de l'assurance à modéliser les pertes potentielles liées aux changements climatiques. Il est conçu pour évaluer quelles populations et propriétés qui pourraient subir des pertes liées au changement climatique et quantifier ce risque.

Ce qu'il faut retenir de cela est que les marchés sont en mouvement, et, pour vous comme pour moi, les coûts augmenteront à mesure que le risque sera plus important.

Les arbres absorbent le dioxyde de carbone et atténuent ainsi les changements climatiques. Environ 12% de toutes les émissions anthropiques dues à l'activité humaine, presque autant que les émissions générées par les 1,2 milliard de voitures et de camions du monde, proviennent de la déforestation, principalement dans les zones tropicales. Les tourbières et les écosystèmes forestiers anciens stockent de grandes quantités de carbone et d'eau. Nous devons donc protéger les forêts primaires.

Une gestion rationnelle des forêts : comprenant des mesures d'atténuation des incendies, telles que la création de zones tampons, peut améliorer les fonctions d'atténuation du climat des forêts, ainsi que réduire l'érosion des sols.

Le changement climatique a diverses conséquences sur les conditions météorologiques du monde. Au Kenya, par exemple, le barrage de Masinga, près de Nairobi, pourrait bientôt devoir cesser sa production d'électricité, les niveaux d'eau étant extrêmement bas.

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Photo : Pixabay

En 2010, ONU-Eau a souligné que les impacts du changement climatique sont très importants sur l'hydrologie et les ressources en eau qui conduiront à une augmentation des événements extrêmes comme la sécheresse ou les inondations. Le changement du cycle de l'eau est au cœur de la plupart des changements liés au changement climatique dans les écosystèmes et le bien-être humain, et les impacts du changement climatique découlent du changement de l'écosystème.

Que peut-on faire ?

Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire et que nous commençons à faire pour atténuer les changements climatiques et nous y adapter.

Dans certaines régions, des évolutions rapides se font déjà connaître. La production d'énergie renouvelable, par exemple, connaît une croissance sans précédent dans le monde.

Au Kenya, les mesures pour restaurer les mangroves qui non seulement absorbent le dioxyde de carbone mais atténuent aussi les tempête et servent de zone de reproduction pour les poissons et les crustacés, sont un élément clé de la santé des côtes et une barrière naturelle pour les océans.

Une grande partie de la solution doit reposer sur l'agroforesterie - la plantation et l'entretien des arbres dans et entre les cultures sur les terres agricoles ou dégradées. « L'agro-foresterie change l'agriculture et répond à la problématique du changement climatique dans de nombreux pays aussi sûrement que la « révolution verte » est devenue celèbre dans le monde promettant de meilleurs rendements avec des produits chimiques dans les années 1960 et 1970 », explique John Vidal dans le Guardian.

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Photo : Pixabay

Les forêts sont fondamentales. Nous ne pouvons pas continuer à perdre des zones forestières de la taille de la Nouvelle-Zélande chaque année - ce n'est pas viable.

Il n'y a pas de solution miracle, mais il existe d'excellentes initiatives. AFR100 (Initiative pour la restauration des paysages forestiers en Afrique) est un effort mené par les pays pour restaurer 100 millions d'hectares de terres en Afrique à l'horizon 2030. Le Kenya est l'un des pays les plus engagés dans cet objectif.

J'appelle le gouvernement et le peuple du Kenya à atteindre leur objectif constitutionnel de 10% de couverture forestière à l'horizon 2030.

Cet article a été publié pour la première fois dans le magazine Miti, Kenya.