29 Jan 2018 Story Cities and lifestyles

Le poids des villes

Comment se préparer à la multiplication par deux de la population urbaine mondiale à l'horizon 2050 ? En réinventant radicalement l'urbanisme et sa gouvernance. Cela signifie concevoir des villes pour les gens, pas pour les voitures, donner accès aux opportunités urbaines à tous, investir dans des bâtiments économes en ressources, les transports, l'énergie, l'eau et des systèmes de gestion des déchets et permettre aux villes d'expérimenter et d'apprendre les unes des autres.

Ces remarques font partie des conclusions d'un rapport à venir du Panel international pour la gestion durable des ressources , le forum scientifique faisant autorité pour les scientifiques et les experts travaillant sur la gestion des ressources naturelles. ONU Environnement héberge le secrétariat du Panel, lancé en 2007 et dont le but est de créer et partager les connaissances nécessaires pour améliorer l'utilisation des ressources dans le monde.

Dans Le poids des villes, les experts du Panel considèrent les infrastructures, les technologies et les modèles spatiaux ainsi que les dispositions de gouvernance nécessaires pour adopter des modes de développement urbain socialement inclusifs, économes en ressources et durables.

Les villes devraient être encouragées à innover, à expérimenter et à apprendre les unes des autres afin d'accélérer cette transition.

Le pourcentage de la population mondiale vivant dans les villes passera de 54% en 2015 à 66% en 2050 : on comptera probablement 2,4 milliards de citadins dans le monde. La majeure partie de la croissance urbaine se produira dans les pays du Sud, comme en Chine, en Inde et au Nigeria.

Alors que la taille des villes existantes augmente et que de nouvelles émergent, la consommation de biens devrait s'accroître encore plus rapidement, ce qui représente un énorme défi face à la rareté des ressources et à l'intensification des problèmes environnementaux, notamment la pollution et le changement climatique.

Le rapport repose sur le concept de « métabolisme urbain » et suit une réflexion sur la façon dont les villes peuvent améliorer l'accès des citoyens aux services essentiels tout en gérant leurs ressources judicieusement et en produisant un minimum de déchets.

Minneapolis
The United States city of Minneapolis could achieve a 33 per cent reduction in greenhouse gas emissions by 2050, according to the International Resource Panel (image via)

La modélisation antérieure de la consommation de ressources en 2050 détermine comme durable une consommation comprise entre 6 et 8 tonnes par personne et par an. Selon les claculs du nouveau rapport, à moins que les choses ne changent, le chiffre atteindra en fait les 8-17 tonnes à l'horizon 2050. Cependant, les villes qui utilisent moins de ressources dans les trois secteurs suivants - transport, bâtiments commerciaux et chauffage / refroidissement des bâtiments - pourraient réaliser des réductions de la consommation de 46 à 67%, selon les estimations, ce qui suggère une amélioration globale de 50% de l'efficacité.

La restructuration de la morphologie des villes est essentielle à la poursuite de cet objectif et à la réalisation d'une plus grande inclusion sociale. Des villes plus riches, mieux connectées et plus ouvertes aux éléments pourraient améliorer le bien-être et les échanges sociaux et économiques tout en économisant l'asphalte, le béton, l'électricité et l'eau actuellement consommés dans les centres urbains contemporains tentaculaires.

Le rapport préconise un modèle urbain alternatif se reposant sur des réseaux de « nœuds à haute densité », offrant un mélange de logements, d'emplois et d'équipements au niveau du quartier, le raaport recommande l'usage de la mobilité « douce », comme la marche et le vélo, le chauffage et le refroidissement passifs de bâtiments et une utilisation plus intensive des espaces publics.

Le pourcentage de la population mondiale vivant dans les villes passera de 54% en 2015 à 66% en 2050 : on comptera alors probablement 2,4 milliards de citadins dans le monde.

Le rapport s'appuie sur des études de cas de Minneapolis, aux États-Unis, Beijing et la ville hautement industrielle de Kaifeng, en Chine et les villes indiennes d'Ahmedabad et de Delhi.

Minneapolis, par exemple, pourrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 33% et le recours aux matériaux de construction minérale de 62% d'ici 2050, notamment en passant à l'énergie nucléaire et renouvelable, aux systèmes énergétiques de quartier et à la construction avancée en bois. La croissance rapide de Beijing et de Kaifeng pourrait permettre d'atteindre des rendements significatifs en seulement 5 ans grâce à des interventions dans des domaines tels que l'efficacité industrielle, les bâtiments éconergétiques et l'utilisation de déchets pour produire de l'énergie. Ceci suggère que l'urbanisation rapide peut également offrir des gains rapides dans l'efficacité des ressources.

Accélérer la productivité urbaine en restructurant les quartiers, investir dans les réseaux de transport urbains, construire des réseaux d'énergies renouvelables inclusifs et des bâtiments écoénergétiques, réduire les déchets à zéro et partager les ressources dépendra de l'émergence de modes de gouvernance urbaine appropriés.

Les villes devraient être encouragées à innover et à expérimenter, ainsi qu'à apprendre les unes des autres dans le but d'accélérer cette transition, par exemple à travers des initiatives de « villes jumelles » ou de réseaux de villes. De plus, le rapport indique qu'il sera nécessaire de remplacer une approche de gouvernance « villes concurrentes» par une approche « villes bien ancrées » qui servirait les intérêts de tous les citoyens.

Cela influera la façon dont les 90 billions de dollars investis dans l'infrastructure urbaine d'ici 2050 seront dépensés : soit ils renforceront le paradigme de la ville automobile, soit ils favoriseront des solutions qui assureront une bonne qualité de vie aux citadins tout en maintenant une consommation des ressources durable et des niveaux d'émissions de gaz à effet de serre raisonnables.

La tâche à venir est de « réinventer la ville pour une ère sans combustibles fossiles bon marché », écrivent les auteurs. S'éloigner des combustibles fossiles et des taux de consommation actuels créera « un pic d'innovations axées sur la durabilité ». Si cela est fait correctement, la durabilité deviendra un bien ambitieux en soi. 

Le Panel international pour la gestion durable des ressources s présentera son rapport au Forum urbain mondial, qui se tiendra du 7 au 13 février à Kuala Lumpur, en Malaisie. Il sera disponible au téléchargement sur le site internet du Panel.

Cet article a été publié dans notre revue Our Planet