08 Mar 2019 Story Climate change

Le Cambodge trouve des solutions aux changements climatiques en autonomisant les femmes

Photo by Prashanthi Subramaniam

Tous les matins à dix heures, Sok Sopheap part chercher ses petits-enfants à l'école locale à l'heure du déjeuner. Dans le village de Tropang Thom, Sok Sopheap est un visage familier. Mais sa personnalité sort de l'ordinaire. Dans d'autres pays, les personnes de son âge passent souvent leurs journées à se prélasser dans un confort paisible, mais Sok Sopheap est très occupée. À certains égards, elle n'a pas le choix.

Les changements climatiques transforment Tropang Thom et les femmes plus âgées comme Sok Sopheap assument un lourd fardeau face à ces changements. Tropang Thom fait face à une crise de l’eau, à l’instar d’autres villages de la province de Takeo. Pendant plusieurs mois, les robinets sont à sec, les rizières sèchent et les villageois doivent marcher jusqu’à 20 kilomètres pour aller chercher de l’eau. À d'autres moments, une reprise soudaine des pluies assaillit le village et emporte les cultures. Les enfants tombent malades du manque d'eau potable et de nutrition. Les habitants déplorent que le calendrier de récolte du riz ne corresponde plus à celui de la météo. Avec la baisse des rendements, les ménages doivent trouver des solutions novatrices.

Le double fardeau des changements climatiques sur les épaules des femmes cambodgiennes

Alors que les jeunes hommes migrent vers les centres urbains à la recherche d'un emploi, les femmes et les enfants restent dans les villages. Les femmes les plus jeunes passent la semaine à travailler tard dans les usines de textile à proximité, pour des revenus maigres, tandis que les femmes plus âgées s'occupent des champs, des enfants et assument presque toutes les responsabilités domestiques. Même pour la gaie Sok Sopheap, le fardeau est indéniable. Alors que les changements climatiques poussent tout le monde à travailler de plus en plus dur pour de moins en moins de revenus, de plus en plus de générations sont entraînées dans ce cercle vicieux.

Des générations de femmes sont coincées dans ce piège. Néanmoins, Sok Sopheap fait partie des rares chanceuses qui semblent avoir réussi à s'en libérer. Il y a quelques années, Sok Sopheap a investi dans un pipeline de biogaz installée chez elle avec le soutien d'une entreprise locale du nom de ATEC International. L’appareil fournit de l’énergie renouvelable à partir de fumier provenant directement de son étable et a facilité la vie de Sok Sopheap de nombreuses manières.

image
Photo : Prashanthi Subramaniam

Près de 85 % des zones rurales cambodgiennes ont recourt au bois de chauffage comme source d'énergie. Pour Sok Sopheap, cette habitude a été transformatrice. Non seulement cela lui a permis d'économiser de l'argent à long terme en optant pour le biogaz, mais en outre cela lui a permis de libérer une grande partie de sa journée qui était consacrée à la collecte de bois de chauffage et d'autres tâches connexes. Elle a même investi dans un cuiseur à riz unique adapté au biogaz. La préparation des repas, le chauffage de l'eau et les travaux ménagers sont tous devenus beaucoup plus rapides, elle passe donc son temps libre supplémentaire à produire des objets artisanaux pour gagner un revenu supplémentaire, à faire du bénévolat en tant qu'agent de santé communautaire dans le village et à prendre soin de ses petits-enfants bien-aimés. Elle était la première à recourir au biogaz, mais plusieurs habitants du village ont depuis suivi son exemple.

Les femmes comme Sok Sopheap sont souvent les premières à adopter les nouvelles technologies et s'approprier les connaissances dans les communautés où la résistance au changement est très forte. Les femmes âgées sont de plus en plus conscientes qu’elles peuvent tirer parti de leurs réseaux interpersonnels pour diriger les efforts visant à atténuer les effets du changement climatique et à s’y adapter.

« Les politiques relatives aux énergies renouvelables en Asie ne tiennent presque jamais compte du genre. Les avantages de ces politiques et programmes touchent rarement les femmes et les groupes marginalisés, à moins de faire participer activement les femmes à tous les niveaux de la prise de décision. C'est vraiment une opportunité énorme de développer les énergies renouvelables, car les femmes sont au cœur de toute transformation sociale », affirme Annette Wallgren, responsable de la problématique hommes-femmes et de l'environnement au bureau régional d'ONU Environnement, Asie et le Pacifique.

image
Photo : Prashanthi Subramaniam

Tremplins pour le succès des politiques

Le Ministère de l’environnement cambodgien souligne la grande valeur des femmes qui participent à la lutte contre le changement climatique et à la conduite du changement au niveau local. « Les femmes sont la colonne vertébrale et le gagne-pain du Cambodge. Nous devons les impliquer, les encourager et leur fournir davantage d'informations afin qu'elles puissent faire connaître les effets des changements climatiques autour d'elles », déclare Oum Sophy, sous-secrétaire d'État au ministère de l'Environnement.

Construire des villes intelligentes et résilientes exige que le pouvoir des femmes et des groupes marginalisés soit mis au service d'un changement positif. L'innovation crée un espace pour un dialogue intergénérationnel, dans lequel des femmes âgées et jeunes élèvent la voix en faveur de l'action pour le climat et prennent place à la table des politiques.

Les femmes comme Sok Sopheap aident ces innovations à se concrétiser et incitent les autres à changer. En renforçant ses capacités et celles des autres femmes, les communautés et l'environnement sont bénéficiaires.

image
Photo : Prashanthi Subramaniam

 

ONU Femmes et ONU Environnement mettent en œuvre conjointement le projet « EmPower: Des femmes pour des sociétés résilientes au climat » avec le soutien de l'Agence suédoise de coopération pour le développement. Ce projet, d'une durée de quatre ans de 2018 à 2022 au Bangladesh, au Cambodge, au Viet Nam et dans la région Asie-Pacifique, vise à garantir que l'égalité des sexes et les droits de l'Homme soient au cœur de l'action climatique et de la réduction des risques de catastrophe.