01 Feb 2019 Story Oceans & seas

Le boutre Flipflopi gagne les cœurs et inspire les héros anti plastique lors de son périple le long de la côte kenyane

Photo by Flint Finnegan

Alors que le boutre Flipflopi se dirige vers la plage publique Jomo Kenyatta à Mombasa cette semaine, de nombreuses personnes se sont rassemblées, tordant le cou pour apercevoir le boutre flamboyant en plastique recyclé, devenu l’icône africaine d’une nouvelle révolution du plastique.

Des responsables gouvernementaux, des habitants curieux et des enfants en uniforme de scout se sont rendus pour accueillir le boutre, qui avait quitté l'île de Lamu le 24 janvier 2019 afin de parcourir les 500 km le long de la côte de l'océan Indien qui sépare qui sépare Lamu de Zanzibar et diffuser le message que les déchets plastiques n'ont aucun sens.

« Notre projet a inspiré beaucoup de monde et le message a été transmis », se réjouit Ali Skanda, le maître artisan qui a construit le bateau aux côtés d'une équipe de bénévoles, notamment le chef de projet et l'entrepreneur kényan Dipesh Pabari et le voyagiste Ben Morison.

Le Flipflopi a fait escale dans plusieurs villes et villages le long de son itinéraire et devrait arriver à Stone Town (Zanzibar) le 7 février 2019. Il est actuellement ancré au large à Mombasa où certains habitants ont eu la chance d'avoir été véhiculés vers le boutre pour une expérience unique à bord d'un navire qui témoigne de l’esprit novateur de ses créateurs kényans en technicolor.

« Des milliers de personnes nous rendent visite. Tout le temps, le bateau est rempli de monde… Nous avons la conviction que le plastique sera un souvenir pour notre continent », déclare Ali Skanda, esquissant un large sourire alors que le Flipflopi se lève et vogue sur les vagues turquoises.

 

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Le boutre long de neuf mètres a été fabriqué à partir de 10 tonnes de déchets plastiques, dont 30 000 tongs recyclées pour fabriquer les panneaux qui recouvrent la coque et le pont du bateau, transformant ainsi ce boutre traditionnel en un mythique briseur de plastiques à la renommée désormais mondiale.

Il a fallu près de trois ans pour concrétiser le rêve de l'équipage du Flipflopi. Des déchets plastiques ont été ramassés sur les plages de Lamu et dans les rues de Nairobi, Malindi et Mombasa. Le plastique a ensuite été trié puis envoyé dans les usines de recyclage locales où il a été fondu et transformé en planches afin d'assurer son utilisation par Ali Skanda et son équipe de volontaires.

La voile triangulaire du bateau affiche les mots « révolution du plastique » et comporte le logo de la campagne Océans Propres d'ONU Environnement, qui appuie l'expédition dans le cadre de sa campagne visant à inciter les gouvernements, les entreprises et les citoyens à éliminer les plastiques à usage unique.

Après un nettoyage de la plage pour marquer l’arrivée du bateau à Watamu, des enfants en uniformes d’écoliers se sont agenouillés dans le sable pour trier les capsules de bouteilles en groupes de couleurs et créer une étoile de mer géante et scintillante, semblable à celles trouvées dans les flaques rocheuses à proximité. D'autres ont fabriqué des tortues et des dauphins à partir de briquets et de tongs abandonnés, tandis que quelqu'un utilisait des capsules pour écrire « Dites non aux plastiques à usage unique » dans le sable fin caractéristique de la région.

Le personnel de Watamu EcoWorld Recycling, qui organise le nettoyage des plages et conseille les communautés sur la manière de réduire les déchets, était sur place pour apprendre à la population locale comment recycler son propre plastique lorsque le Flipflopi est arrivé.

 

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 Photo : ONU Environnement

Sur la plage publique de Jomo Kenyatta à Mombasa, Jackton Bukobi, un scout de 21 ans, resplendissant avec un chapeau blanc et une écharpe verte et rouge, participait à la révolution du plastique en ramassant les ordures avec un ami.

« Nous nous sommes rendus compte que les plastiques souillaient notre plage et que cela devenait un problème, car cela fait toujours partie de nos vies… Nous devons nous unir pour nettoyer la plage et en faire une activité communautaire », affirme-t-il.

Gloria Ondieki, une étudiante de 21 ans fascinée par l'expédition Flipflopi, a participé à un atelier animé par Katharina Elleke, une spécialiste allemande du recyclage qui a montré aux habitants de Kilifi, Watamu et Mombasa comment redonner une seconde vie au vieux plastique.

« Aujourd'hui, j'ai appris quelque chose d'intéressant », affirme Gloria Ondieki. « On peut fabriquer des cordes et des nattes avec des bouteilles en plastique en utilisant cette machine qui les coupe en fine ficelle », déclare-t-elle, en nous tendant un petit objet en métal. Les machines utilisées par Katharina Elleke peuvent être fabriquées à partir de matériaux simples et ses plans sont disponibles gratuitement en ligne.

L’expédition Flipflopi est le dernier volet de la campagne du Kenya dans sa vocation à devenir un pionnier mondial de la lutte contre la pollution par les plastiques. En août 2017, le pays a instauré l'interdiction la plus sévère au monde en matière de sacs en plastique. Quiconque produisant, vendant ou utilisant un sac en plastique risque un emprisonnement pouvant aller jusqu'à quatre ans ou une amende de 40 000 dollars des États-Unies.

À Mombasa, le boutre Flipflopi a été accueilli par les autorités du comté, qui collaborent également avec ONU Environnement pour mettre au point une stratégie de gestion des déchets et enfin fermer la décharge de Kibarani dont les déchets atterrissent dans le port de la ville.

« Les gens n’ont jamais vu un bateau entièrement en plastique », a déclaré le Dr Godffrey Nyongesa Nato, membre du comité exécutif du comté chargé de l’environnement, de la gestion des déchets et de l’énergie. « Cela en soi a suscité beaucoup d'intérêt et d'attention. »

Godffrey Nyongesa Nato, qui a également contribué au nettoyage de la plage, a déclaré que les Kényans étaient préoccupés par les effets néfastes de la pollution par les plastiques sur l'industrie du tourisme. Il a affirmé qu'une action collective était nécessaire et que le gouvernement du comté de Mombasa était déterminé à lutter contre ce fléau moderne.

« Au Kenya, nous sommes des pionniers sur deux fronts : l'interdiction mise en place en 2017 sur les sacs en plastique et autres sachets, et deuxièmement, cet effort auquel nous assistons aujourd’hui : la fabrication d’un bateau en plastique parcourant 500 km », a-t-il déclaré.

James Wakibia, un militant écologiste reconnu pour avoir dirigé la campagne en faveur d'une interdiction des sacs en plastique, est venu soutenir l'expédition et a parlé de l'importance du militantisme individuel.

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Photo : ONU Environnement

« L'expédition Flipflopi est un exemple de la manière dont les déchets de plastique peuvent être recyclés et je dis toujours que le plastique recyclable doit être recyclé. Il ne faut pas laisser l'environnement être pollué. Le Flipflopi est un formidable exemple que cela est possible », a-t-il déclaré, se tenant sur la plage de Mombasa alors que les gens ramassaient des ordures autour de lui.

« Le plastique a effectivement une seconde vie et cette idée doit être adoptée par tous. Nous devrions responsabiliser davantage de sociétés de recyclage, responsabiliser davantage de personnes qui se lancent dans ce secteur et les inciter à protéger l'environnement », a-t-il déclaré.

Aux yeux d'Ali Skanda, le Flipflopi témoigne de sa passion de longue date pour la mer, de sa détresse devant la quantité de plastiques abandonnés sur les rivages idylliques de l'île de Lamu et d’une longue tradition familiale d’ingéniosité.

« Je viens d’une famille d’artisans et j'ai hérité de ces gènes d’innovation et de création. Je voulais me prouver que cela pouvait être fait », a-t-il déclaré.

« La seule chose dont nous ayons réellement besoin, c’est le soutien de tous, du monde entier. Il faut nous unir parce que je crois que nous venons d’une seule source : protégeons notre environnement. »