07 Jan 2019 Story Climate change

« Je suis fier d’avoir ramené les pluies » : le reboisement redonne vie aux montagnes cambodgiennes

Au XIIe siècle, des habitants du Cambodge se rendaient sur la montagne Kulen, un lieu sacré associé à la fertilité, afin de détacher d’énormes morceaux de pierre transportés ensuite par des éléphants.

Au cours des dernières décennies, bien que Kulen ait été désignée zone protégée, les gens ne s'y rendaient plus seulement pour cueillir les litchis acidulés qui ont donné leur nom à la montagne, mais aussi pour y couper des arbres destinés à la vente de bois de luxe ou de charbon de bois dans des villes plus éloignées.

L'exploitation forestière illégale dans le Parc national de Phnom Kulen a mené à la destruction de vastes parcelles de forêt. Alors que la couverture arborée se rétrécissait, les habitants du sommet de la montagne ont vu le nombre de nuages de pluie (cumulonimbus) au-dessus de la forêt diminuer ou disparaître complètement.

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Un homme dans son jardin potager autour d’une zone protégée par la communauté où ONU Environnement et ses partenaires aident les populations à créer d’autres moyens de subsistance et dépendent moins de l’agriculture pluviale.

« Les hauts arbres attiraient la pluie. Quand ils ont été détruits, nous avons constaté que nous n'avions pas d'eau et que notre région était en train de s'assécher », déclare Yuth Thy.

Grâce à un financement du Fonds pour l'adaptation, ONU Environnement a aidé le gouvernement cambodgien et ses partenaires à créer une pépinière et à fournir du matériel pour la culture d'arbres dans le parc de Phnom Kulen.

Depuis le début du projet en 2014, Yuth Thy, âgé de 46 ans, a passé chaque jour plusieurs heures à s'occuper de ses jeunes plants dans l’espoir de ralentir ou d’inverser les effets de la hausse des températures et des pluies irrégulières.

« Quand j'étais petite, il pleuvait beaucoup, nous avions même de la grêle et il faisait froid. Je me souviens avoir vu de la vapeur sortir de ma bouche quand je parlais. Maintenant, il pleut moins et il ne fait jamais froid », affirme-t-elle.

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Des femmes en train de désherber des gaules dans une pépinière au sommet de la montagne Kulen au Cambodge.

Jusqu'à présent, le projet a permis de venir en aide à la communauté d'environ 300 habitants de Chuop Tasok et à cultiver 100 000 plants. Un don de plants, des groupes chargés de la plantation de plus de 250 000 arbres et la protection de 306 hectares de forêt par des patrouilles contre les exploitants forestiers illégaux ont été fournis.

« Lorsque nous plantons, tout le monde nous aide », affirme Thuch Ron, qui dirige l’aire protégée de la communauté de Chuop Tasok.

« Je l'ai bien vu, lorsque cette pépinière produit des plants et restaure la couverture forestière, nous obtenons plus de pluie et une meilleure récolte de riz », se réjouit-il.

Auparavant, si la récolte de riz était mauvaise en raison de la sécheresse, les habitants étaient contraints de vendre leurs animaux ou leurs biens pour acheter de la nourriture.

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Les personnes résidant dans les alentours d'une zone protégée par la communauté fabriquent des toits faits de feuilles, de cure-dents et de bâtons de bois dans le cadre d'un projet soutenu par ONU Environnement pour aider les populations à créer d'autres moyens de subsistance et réduire l'exploitation forestière.

Le projet a permis de réduire la dépendance de la population à l’agriculture pluviale et leur a permis de se nourrir d'aliments diversifiés en établissant des foyers et des écoles offrant des formations et des semences pour créer des jardins potagers, des puits pour l’irrigation toute l'année, ainsi que des poulets, des poulaillers et une formation pour savoir comment les élever.

Les villageois bénéficient également de la garantie d'un approvisionnement en eau douce à partir d'un petit réservoir creusé dans les sources à quelques kilomètres de la montagne.

« Avant d'obtenir ce point d'eau, il nous fallait beaucoup de temps pour aller chercher de l'eau et la ramener au village, et pendant la saison sèche, il était très difficile d'en trouver », affirme Chong Pring, âgé de 25 ans et habitant du village de Kla Khmoum.

« Désormais  [l’eau] est captée ici et arrive directement chez nous dans nos tuyaux. Nous pouvons facilement l’utiliser et en disposer pour arroser nos jardins », a-t-il déclaré.

L’augmentation du couvert forestier présente un autre avantage : l’abondance de miel sauvage que les habitants récoltent et revendent dans la vallée (un trajet d’une heure en moto) aux touristes et aux habitants des villages et des fermes environnants, ainsi que leurs poulets en excédent.

Mais la plus grande joie et le plus grand soulagement des habitants de Kulen ont été de voir les pluies revenir dans leur région.

« Avant 2014, les pluie était insuffisantes, mais maintenant c'est mieux, surtout cette année », affirme Thuch Ron.

Les habitants n'ont plus besoin d'aller chercher des racines dans la forêt lorsque les récoltes ne sont pas suffisantes. Les signes d'amélioration de la richesse et de la santé sont visibles dans le village de 65 ménages, où 54 familles disposent de jardins potagers, de 25 poulets et d'allées bordées d'arbres où poussent avocats, jacquiers et mangues.

La communauté a même commencé à partager ses semences avec un autre village de la région, témoin du succès de la zone protégée en matière de reboisement, et qui a par conséquent créé sa propre pépinière pour cultiver des semis d’espèces rares et restaurer d’autres zones défrichées.

À l'école locale, les enfants découvrent le changement climatique et l'importance de maintenir le couvert forestier. Yuth Thy a appris à une de ses filles comment s'occuper de plants.

« Je lui explique qu'elle doit prendre soin des arbres et qu'en retour, ils vont s'occuper d'elle, en fournissant par exemple des matériaux pour construire une maison, et je lui dis que lorsque nous protégeons les arbres et la forêt, ils nous apportent la pluie et rafraîchissent le climat, » dit-elle.

Youth Thy est l’une des dix membres élus de la communauté pour s’occuper de la pépinière. Elle touche environ 7,50 dollars par mois, mais certains jours, elle passe quatre heures à désherber, arroser et entretenir les jeunes plants.

« Je suis déterminée à accomplir ce travail parce que je veux que la prochaine génération profite des arbres et certaines espèces ont déjà disparu », a-t-elle déclaré.

Thuch Ron est très heureux de la formation que lui et son équipe ont reçus pour produire des plants et il encourage les autres villages et générations à restaurer la grandeur de leur région.

« Je suis fier d'avoir installé cette pépinière au Cambodge, au sommet de la montagne. Et je suis fier d’avoir ramené la pluie », déclare-t-il.

Pour plus d’informations sur les travaux d'ONU Environnement en matière d’adaptation aux changements climatiques, veuillez contacter jessica.troni[at]un.org