29 Mar 2018 Story Climate change

Fournir des financements aux agriculteurs pour lutter contre les changements climatiques

L'Accord de Paris, et son niveau d'exigence actuel, ne nous protègera pas des changements considérables de notre climat, ce n'est pas un secret. Les recherches d'ONU Environnement à la fin de l'année 2017 ont démontré que les réductions d'émissions promises représentent seulement un tiers des réductions nécessaires pour éviter que la ligne rouge de la hausse de température de plus de 2°C ne soit franchie au cours de ce siècle.

Les forêts et l'agriculture représentent plus de 30% de la solution à cette crise climatique, ce n'est pas un secret non plus. Pourtant, les fonds nécessaires pour transformer l'agriculture et réduire la déforestation - le deuxième facteur anthropogénique le plus important contribuant au carbone atmosphérique - ne représentent que 3% de tous les financements publics pour le climat.

C'est pour cette raison qu'ONU Environnement, BNP Paribas, Rabobank et d'autres partenaires ont décidé en 2017 de changer les règles du jeu du financement agricole et de l'investissement pour les entreprises et les agriculteurs.

L'agriculture contribue massivement à la disparition des forêts tropicales : elles disparaissent au rythme de 26 terrains de football par minute, le carbone qui y est stocké est alors libéré dans l'atmosphère. Alors que la population mondiale comptera environ 9 milliards de personnes d'ici 2050, l'agriculture devra produire 50% de nourriture en plus. Mais cela ne devrait pas signifier que plus d'arbres seront abattus.

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Photo de Neil Palmer (CIAT). Himachal Pradesh, Inde.

Il n'y a pas d'approche unique à ce problème. Les solutions doivent promouvoir une meilleure utilisation des terres dégradées (plutôt que défricher davantage de forêts), augmenter la production sur les terres agricoles existantes et évoluer vers des systèmes agroforestiers intégrés - où les cultures, les bovins et les forêts sont mélangés. L'expérience montre que l'agroforesterie est bénéfique au climat, préserve la biodiversité et offre de meilleurs moyens de subsistance aux agriculteurs.

Prenons le cas de Zaqueu Miguel : le gouvernement brésilien lui a donné, ainsi qu'à plusieurs centaines d'autres agriculteurs, des parcelles de 1,7 hectare chacune dans la banlieue de Ribeirão Preto, dans le sud-est du Brésil, à condition de reboiser 20% de sa superficie et d'en consacrer 15% à l'agroforesterie. Sceptiques au début, les agriculteurs ont ensuite été convaincus par cette approche.

« Dans une forêt, quand un arbre tombe, une clairière se forme et une infinité de formes de vie s'ensuit... en agroforesterie, nous accélérons ce processus », a-t-il déclaré au Guardian. « Nous avons des études qui démontrent que ces techniques sont bénéficiaires au climat, au sol et à l'eau. »

« J'avais besoin d'un parterre entier pour la laitue, un autre pour le chou... Aujourd'hui, dans le même espace, je plante cinq fois plus que ce que je plantais avant. »

Pour en arriver là, les agriculteurs ont besoin de connaissances techniques et les communautés et les entreprises ont besoin d'incitations pour restaurer les paysages dégradés. C'est à dire de l'argent.

« Si nous voulons êtres les témoins d'un changement tel que celui que nous avons vu dans le secteur de l'énergie, passer d'une économie basée sur les combustibles fossiles aux énergies renouvelables, et pouvoir compter sur le secteur privé, nous devons retirer une partie des coûts et des risques liés à la transition vers des terres durables », a déclaré Ivo Mulder, Coordonnateur des finances et du secteur privé, Unité des écosystèmes terrestres de l'ONU. « La finance concessionnelle est pratiquement inexistante dans l'utilisation des terres. »

ONU Environnement prend part activement à cette transition en soutenant et en développant des systèmes de financement durable. L'un des premier est le Fonds de financement des paysages tropicaux, un partenariat entre ONU Environnement, BNP Paribas, le Centre mondial d'agroforesterie et ADM Capital en Indonésie. Il vise à apporter des financements à long terme à des projets et des entreprises qui stimulent la croissance verte et améliorent les moyens de subsistance ruraux en Indonésie grâce à un fonds de prêt et de subvention, BNP Paribas structurant les prêts en obligations.

 

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Photo de Neil Palmer (CIAT). Twitter : @NeilCIAT. Une agricultrice au Malawi contrôle sa culture de maïs qui souffre de la pire sécheresse depuis trois décennies.

Le premier projet sera mis en service au début de 2018 :  il bénéficiera d'un prêt à long terme pour un financement d'un montant de 95 millions de dollars accordé à une société pour développer les plantations de caoutchouc naturel à Sumatra, en Indonésie. La moitié de la concession de 90 000 hectares sera réservée à des programmes de conservation et de partenariat communautaire, dont une aire de conservation de la vie sauvage d'une superficie de 9 000 hectares, évitera les émissions de 24 millions de tonnes d'équivalent CO2 et séquestrera 15,4 millions d'autres. Il bénéficiera à environ 50 000 personnes, dont 16 000 nouveaux emplois et améliorera les moyens de subsistance de plus de 20 000 agriculteurs.

« Ces initiatives peuvent faire une différence considérable pour améliorer la qualité de l'environnement, la biodiversité ou le développement social », a déclaré Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas. « Cet accord [le mécanisme de financement] est une nouvelle façon pour les gouvernements, les entreprises et les institutions de travailler ensemble et co-développer des solutions. »

Rabobank a également initié un lien avec ONU Environnement pour initier la création d'un fonds d'un milliard de dollars pour financer l'agriculture durable et stimuler la protection des forêts. Ce mécanisme de financement fournira des subventions, des instruments de réduction des risques et des crédits aux clients impliqués dans la production agricole durable, la transformation ou le commerce de produits non ligneux - à condition qu'ils respectent strictement les dispositions de protection, de restauration et d'implication des petits exploitants.

L'un des premiers pays ciblés est le Brésil, où la coalition cherche à financer des pratiques agricoles, pastorales et forestières intégrées pour exploiter les 17 millions d'hectares de terres arables disponibles sous la direction d'agriculteurs brésiliens financés par Rabobank.

« Il est clair qu'une approche différente des pratiques agricoles qui inclut des incitations et des dispositions pour protéger les écosystèmes forestiers et restaurer les terres dégradées est nécessaire », a déclaré le PDG de Rabobank, Wiebe Draijer.

En savoir plus sur le travail d'ONU Environnement sur les changements climatiques.