30 Nov 2017 Story Disasters & conflicts

Développement de la filière apicole dans le département du Sud

Port-Salut, le 30 novembre 2017 — Avec l’appui de l’ONU environnement/Haïti, l’Organisation Pêche Artisanale et Développement Intégré (PADI) développe la filière apicole dans le Sud. Réalisée plus spécifiquement dans les environnements immédiats de l’écosystème de mangroves de St Jean Sud/Abacou, cette initiative vise à atténuer la coupe des mangroves et offrir une activité alternative génératrice de revenus aux habitants de la zone.

Depuis février 2016, l’organisation PADI s’investit dans la filière apicole dans la zone de St Jean Sud/Abacou. Les techniciens de PADI ont organisé des séances de formation à l’intention des nouveaux apiculteurs tout en plaçant un rucher de multiplication leur offrant la possibilité d’avoir d’autres ruches.

Selon Romere Laurent, agent s’occupant des ruchers de St Jean du Sud/Abacou, ces changements sont très bénéfiques pour la zone. « Non seulement le développement de l’apiculture nous permet d’avoir une autre activité nous permettant de gagner un peu d’argent, mais elle nous offre aussi l’opportunité de comprendre l’importance des mangroves pour cette filière », explique-t-il.

Pour Joël Destyl, habitant de St Jean du Sud, les séances de sensibilisations réalisées par le Ministère de l’Environnement et l’organisation PADI, appuyés par les cadres de l’ONU environnement/Haïti, ont été très enrichissantes. Il soutient que, par cette formation, il a pu « comprendre que les mangroves, à côté de leurs autres potentialités de protection environnementale, attirent beaucoup d’abeilles ».

Selon Renaud Joseph, expert en apiculture et consultant de PADI, « les mangroves produisent du nectar et du pollen ». « Le miel en provenance des mangroves est très demandé par les consommateurs pour sa couleur claire et sa saveur douce. Cette plante fleurit en abondance durant les saisons sèches », ajoute-t-il.

« Je suis très heureuse puisque, grâce à cette activité, mes compétences professionnelles en ébénisterie sont renforcées par la construction de ruches modernes à cadres mobiles », s’exclame Fredline Destin, membre de l’atelier d’ébénisterie de St Jean Sud/Abacos, d’un air satisfait.

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Photo ONU environnement — Fabrication des ruches de multiplication

Depuis un moment déjà, les charbonniers/pécheurs et d’autres résidents des zones tampons des écosystèmes de mangroves se mettent à les couper. Face à la situation socioéconomique précaire des habitants de la zone de St Jean du Sud/Abacou, ils abattent les troncs pour construire leurs maisonnettes et faire du charbon de bois pour pouvoir subsister. Plusieurs espaces de cet écosystème de mangroves sont donc dénudés et, avec le passage de l’ouragan Matthew, la situation s’est empirée.

Pour freiner les agressions humaines que subissent les mangroves et offrir une activité alternative à ceux et celles qui agissent négativement sur l’écosystème, l’Organisation PADI, accompagnée par l’ONU environnement/Haïti, a lancé, en avril 2017, des séances de sensibilisation à l’intention des charbonniers/pécheurs et d’autres habitants de la zone. La formation portait sur l’importance des mangroves dans l’environnement d’un espace géographique, celle de l’apiculture, les techniques modernes apicoles, l’implantation des ruchers, leur exploitation, leur gestion et la commercialisation du miel.

Renaud Joseph explique qu’apprendre aux ébénistes de l’atelier de St Jean du Sud/Abacou à construire différents types de ruches a permis de renforcer leur capacité professionnelle. « Nous avons aussi implanté des ruchers de multiplication en vue de faire la propagation des abeilles à travers la zone », ajoute-t-il. Il se dit fier de ce travail puisque les ruches commencent à alimenter les producteurs en abeilles pour le développement de l’apiculture dans les environnements immédiats de l’écosystème de mangroves de Port-Salut/Abacou.

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Photo ONU environnement — Deux ruches du rucher de multiplication

« Cette activité transforme peu à peu les coupeurs de mangroves en apiculteurs, au bénéfice de l’environnement de cette zone », s’exclame Renaud Joseph. Il révèle que son équipe, de concert avec l’ONU environnement/Haïti, a déjà travaillé sur un guide méthodologique en vue de la duplication de cette expérience à travers les autres écosystèmes de mangroves du département du Sud.

Aquin représente une zone phare pour la filière apicole au niveau du département du Sud. Avec l’appui de l’ONU environnement/Haïti et du Ministère de l’Environnement, tout un éventail d’activités visant le développement de ce secteur y est déjà réalisé. Selon Renaud Joseph, les apiculteurs de la nouvelle zone ciblée pour le développement de la filière feront des visites d’échanges à ceux d’Aquin en vue de constituer un véritable réseau d’apiculteurs à travers la région.

En janvier 2018, l’Organisation PADI va dupliquer ces expériences réalisées à St Jean du Sud/Abacou dans l’écosystème de mangroves de la Cahouane, section communale de Tiburon.