22 May 2019 Story Air

Au Bangladesh, le droit des femmes à un air sain commence dans la cuisine

Photo by UN Environment/ Prashanthi Subramaniam

Lorsque les premiers rayons du soleil illuminent les rizières verdoyantes de Ghagotpada, dans le nord du Bangladesh, Mafruha, âgée de 50 ans, travaille déjà dur dans sa cuisine. Dans ce village pauvre, sa maison est un havre de paix toujours occupé par de nombreuses femmes. Alors qu'elles socialisent, Mafruha prépare des mets raffinés pour ses invitées.

Sur la route de Ghagotpada, il est impossible de rater le spectacle discordant des nombreux fours à briques qui parsèment l'horizon. Alors que les fours génèrent des gaz nocifs avec grand bruit, polluant l'air qui les entoure, les cuisines exiguës de Ghagotpada se remplissent de fumée. Le pays est confronté à un grave problème de pollution atmosphérique, le classement de l'indice de la qualité de l'air fait de Dhaka la troisième ville la plus polluée au monde.

Cependant, au-delà des centres urbains, la pollution atmosphérique en milieu rural fait rarement la une. Chaque année, la pollution de l'air intérieur cause 49 000 décès prématurés au Bangladesh. Le septième plan quinquennal du pays, sa politique directrice en matière de développement, prévoit des mesures énergiques pour lutter contre la pollution de l’air par les briqueteries, les émissions des véhicules et la combustion des déchets, mais il manque de mesures pour lutter contre la pollution de l’air intérieur.

Qui à le droit à un air pur ?

Au Bangladesh, plus de 41% des ménages dépendent toujours du bois de chauffage comme principal combustible pour la cuisson des aliments. Chez Mafruha, la collecte de bois de chauffage, de bouse, de feuilles et de résidus de bois est la responsabilité de sa fille. En raison de leurs rôles au sein du ménage, le fardeau de la pollution de l'air intérieur est excessivement lourd pour les femmes, les filles et les enfants.

Bien que la constitution et les tribunaux du Bangladesh reconnaissent que le droit à la vie englobe le droit à l'air pur, la mise en œuvre et le respect de ce droit restent un défi. Pourtant, sans les opportunités et les ressources pour exercer ces droits et influencer les décisions et les politiques, les femmes et les communautés marginalisées restent vulnérables à la pollution de l'air intérieur.

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Photo : ONU Environnement/ Prashanthi Subramaniam

Des fourneaux plus propres, un air plus pur

Pendant de nombreuses années, Mafruha a utilisé un poêle en argile traditionnel, le chulla, dans une cuisine mal ventilée. La gêne causée par des problèmes respiratoires et une toux persistante était devenue un problème si courant que personne ne s'en souciait même plus.

Malgré de précédentes tentatives de la part du gouvernement, c'est grâce à une organisation non gouvernementale locale, appuyée par Infrastructure Development Cooperation Limited, que Mafruha et d’autres femmes ont pu comprendre les utilisations et les avantages des fourneaux propres et que ces derniers ont finalement pu être perçus comme une alternative viable.

« L’achat et l’installation d'un nouveau fourneau nous coûte entre 400 à 500 takas [4,75 à 6 dollars des États-Unis]. L’organisation non gouvernementale nous a encouragés à contracter un emprunt car nous ne pouvions pas nous permettre cette dépense. Les travailleurs de l’organisation non gouvernementale et les représentants de la Bangladesh Small and Cottage Industries Corporation nous ont également aidées à mieux comprendre comment l’utiliser, le nettoyer et le réparer », explique Mafruha.

Au fil du temps, elle a convaincu d'autres femmes d’investir également dans des fourneaux similaires. Sa fille travaille maintenant avec l’organisation non gouvernementale locale, transmettant le message pour des combustibles et des fourneaux de cuisine propres à d’autres femmes des villages voisins. Les foyers améliorés n'émettent pas de fumée et sont économes en carburant. Les foyers dotés de foyers améliorés présentent des niveaux réduits de PM2,5, de PM10 et de monoxyde de carbone [de matières particulaires], ce qui garantit aux familles un environnement plus sûr et plus sain.

La dernière étape

Pourtant, pour ce qui peut sembler être une solution simple pour lutter contre la pollution de l'air intérieur, atteindre les objectifs souhaités continue à poser problème. Le gouvernement du Bangladesh a pour objectif que 30 millions de foyers soient équipés de foyers améliorés d'ici 2030, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre chaque utilisateur.

Alors que le marché regorge maintenant d’options peu onéreuses et peu coûteuses, l’investissement dans des foyers de cuisson de bonne qualité peut encore être cher. À Ghagotpada même, certaines familles ont du mal à rembourser les emprunts contractés pour acheter ces fourneaux. Des prêts sont souvent contractés au nom des femmes, mais les hommes doivent faire face à la contrainte de les rembourser à temps. La réparation et l’entretien des fourneaux présentent également un défi, les femmes n’ayant pas été formées pour cet entretien. Enfin, les progrès les plus importants à accomplir concernent la modification de normes et de comportements sociaux profondément enracinés. Réécrire les normes sociales nécessite de donner aux femmes un accès à l'information et aux ressources, tout en leur permettant de prendre la décision d'investir dans leur propre santé et leur bien-être.

Jusqu'à présent, Mafruha et les femmes de Ghagotpada continuent à faire passer le message et à changer les esprits, continuant ainsi de #CombattreLaPollutionDelAir.

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Photo : ONU Environnement/ Prashanthi Subramaniam

 

La pollution de l'air est le thème de la Journée mondiale de l'environnement qui aura lieu le 5 juin 2019. La qualité de l'air que nous respirons dépend des choix de vie que nous faisons chaque jour. Apprenez-en davantage sur les effets de la pollution atmosphérique sur votre santé et sur les mesures prises pour assainir l'air. Que faites-vous pour réduire vos émissions et #CombattreLaPollutionDeLair ?

Le pays hôte de la Journée mondiale de l'environnement 2019 est la Chine.

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ONU Environnement, par le biais du projet « EmPower : Des femmes pour des sociétés résilientes au climat », vise à amplifier la voix des femmes et des groupes marginalisés dans l'action climatique et à les aider à avoir accès à une énergie propre pour construire des vies et des moyens de subsistance résilients. EmPower est géré conjointement par ONU Femmes et avec le soutien de l'Agence suédoise de coopération pour le développement au Bangladesh, au Cambodge et au Viet Nam.