12 Nov 2019 Récit Produits chimiques et déchets

Pourquoi le mercure présente toujours des menaces importantes pour la santé

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En juillet, une femme âgée de 47 ans s'est présentée aux urgence d'un hôpital local de Sacramento, en Californie. Elle présentait des difficultés d'élocution, ne pouvait pas marcher et ne sentait ni ses mains ni son visage. La patiente est tombée dans le coma pendant plusieurs semaines.

La cause de l'état de santé grave de cette femme, que les autorités sanitaires ont rapidement découvert, était un ingrédient favorisant l'éclaircissement de la peau, le mercure, qui avait été illégalement ajouté à sa crème pour le visage.

"L'empoisonnement au mercure a des effets dangereux et parfois irréversibles, et bien que les enfants à naître y soient les plus vulnérables, n'importe qui peut en souffrir ", a déclaré Claudia ten Have, responsable principale de la coordination des politiques au Secrétariat de la Convention de Minamata. Comme le montre clairement le cas de cette femme de Sacramento, ce métal lourd toxique peut constituer une grave menace pour la santé dans les pays en développement comme dans les pays développés.

En effet, tout le monde sur la planète est exposé au mercure à un certain niveau, que ce soit par le biais des aliments que nous consommons, l'air que nous respirons ou les cosmétiques que nous utilisons. Bien qu'il existe un certain nombre de mesures que les particuliers, les entreprises et les gouvernements peuvent prendre pour se prémunir contre l'empoisonnement au mercure, ce métal lourd toxique continuera de mettre en danger la santé humaine et environnementale jusqu'à ce que nous parvenions à complètement nous attaquer au mercure tout au long de son cycle de vie.

La réalisation de cet objectif est le principal objectif de la Convention de Minamata sur le mercure, un accord multilatéral sur l'environnement entré en vigueur en août 2017. À ce jour, 114 pays ont ratifié la convention, qui consititue plus jeune traité environnemental au monde. Les Parties à la Convention se réuniront à Genève pour leur troisième Conférence des Parties du 25 au 29 novembre 2019. Les effets du mercure sur la santé sont l'un des points importants à l'ordre du jour de la réunion.

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Le mercure et notre santé

Lorsque nous inhalons, ingérons ou sommes exposés au mercure, cet élément peut attaquer notre système nerveux central et périphérique, ainsi que notre appareil digestif, notre système immunitaire, nos poumons et nos reins. Les symptômes peuvent comprendre des tremblements, l'insomnie, des pertes de mémoire, des maux de tête, une faiblesse musculaire et, dans les cas extrêmes, la mort. Les foetus dont la mère présente un taux élevé de mercure dans le sang peuvent naître avec des lésions cérébrales et des problèmes auditifs et visuels. Les concentrations de l'élément toxique peuvent être mesurées dans des échantillons de sang, de cheveux ou d'urine (rapport en anglais).

Comment sommes-nous exposés au mercure ? Malgré une prise de conscience mondiale croissante de la façon dont le mercure menace notre santé, cet élément est toujours présent dans notre environnement. Voici quelques exemples des endroits où on peut le trouver :

Amalgame dentaire

Depuis plus d'un siècle, le mercure est l'un des principaux ingrédients de l'amalgame dentaire, le mélange que les dentistes utilisent pour obturer les caries de leurs patients. Bien que l'amalgame ne représente probablement qu'une menace minime pour la santé de ceux qui ont été soigné avec ce d'amalgame dans la bouche, l'utilisation du mercure dans l'amalgame contribue à l'accumulation graduelle de l'élément toxique dans notre environnement. Pour relever ce défi, la Convention de Minamata propose neuf mesures spécifiques pour "réduire progressivement l'utilisation des amalgames dentaires à base de mercure dans le monde entier. Ces étapes comprennent l'établissement d'objectifs nationaux visant à réduire l'utilisation des amalgames contenant du mercure, la promotion de l'utilisation de solutions de rechange sans mercure et le soutien des pratiques exemplaires en matière de gestion des déchets de mercure.

Consommation de poisson

Les fruits de mer sont la principale source de protéines pour environ un milliard de personnes dans le monde. Étant donné que le mercure s'accumule dans la chaîne alimentaire, les poissons plus gros comme le requin, l'espadon, le thon et le marlin ont tendance à présenté des taux particulièrement élevés de mercure. Les personnes qui consomment de très grandes quantités de fruits de mer peuvent être exposées à des niveaux élevés de méthylmercure, un composé organique qui s'accumule dans le corps du poisson. L'empoisonnement au mercure causé par la consommation d'animaux marins a été observé chez des groupes autochtones dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans l'Arctique. La consommation de fruits de mer par habitant dans ces collectivités peut être jusqu'à 15 fois plus élevée que dans les groupes non autochtones. Une étude publiée en 2018 (en anglais) a révélé des niveaux élevés de mercure chez les femmes en âge de procréer dans les États insulaires des océans Pacifique, Caraïbes et Indien, où la consommation de poisson est élevée. De toute évidence, la pollution au mercure s'est accumulée dans les principaux océans du monde, contaminant la chaîne alimentaire marine et menaçant la santé humaine.

Cosmétiques

Le mercure est également présent dans les produits de beauté, en particulier les crèmes éclaircissantes, mais aussi les produits de maquillage et de nettoyage pour les yeux. Alors que de nombreux pays ont imposé des lois interdisant le mercure dans les cosmétiques, un certain nombre d'autres ne l'ont pas encore fait, et des produits contaminés au mercure ont été trouvés sur les principaux détaillants en ligne. Les consommateurs qui cherchent à éviter l'élément toxique devraient acheter des produits auprès de fournisseurs fiables et s'assurer que leurs produits sont correctement scellés et étiquetés. L'Organisation mondiale de la Santé a plus d'informations à ce sujet.

Exploitation minière à petite échelle

Les mineurs d'or artisanaux et à petite échelle utilisent régulièrement le mercure pour les aider à séparer l'or des autres matières, et la majeure partie de ce mercure se retrouve dans l'environnement. En 2015, selon l'Évaluation mondiale du mercure 2018 du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) (en anglais), l'exploitation minière artisanale et à petite échelle a émis quelque 800 tonnes de mercure dans l'atmosphère, soit environ 38 % du total mondial, et a également rejeté quelque 1 200 tonnes de mercure dans les sols et l'eau. L'empoisonnement au mercure représente également une menace grave et directe pour la santé des 12 à 15 millions de personnes qui travaillent dans ce secteur dans le monde. La réduction des émissions et des rejets de mercure provenant de l'exploitation minière est un objectif clé de la Convention de Minamata, qui exige que les pays qui exploitent des mines d'or à petite échelle produisent des plans d'action nationaux pour réduire ou éliminer le mercure du secteur.  

Combustion de charbon

L'autre grande source d'émissions anthropiques de mercure, qui est également un important facteur de pollution atmosphérique et de changement climatique : la combustion du charbon. La dernière Évaluation mondiale du mercure du PNUE a révélé que la combustion du charbon et d'autres formes de combustibles fossiles et la combustion de la biomasse étaient responsables d'environ 24 % des émissions mondiales de mercure. Bien que le charbon ne contienne que de faibles concentrations de mercure, les gens ont tendance à le brûler en très grandes quantités. La croissance de l'économie mondiale s'accompagne d'une augmentation de la consommation de charbon pour la production d'électricité. La bonne nouvelle, c'est que jusqu'à 95 % des rejets de mercure des centrales électriques peuvent être réduits (en anglais) en améliorant le rendement du charbon et des centrales et en améliorant les systèmes de contrôle des autres polluants.

 

Vous voulez en savoir plus ? Visitez le site internet de la Convention de Minamata, consultez l'Évaluation mondiale du mercure de 2018 (en anglais) et obtenez tous les détails sur la prochaine Conférence des Parties.