30 Oct 2019 Récit Ecosystems and Biodiversity

La régénération naturelle gérée par les agriculteurs donne de bons résultats au Kenya

"On devrait toujours demander aux gens ce qu'ils veulent, obtenir leur opinion et les impliquer. C'est la seule façon pour eux de se sentir parties prenantes et d'aboutir à un projet réussi ", déclare Ivan Kiptui, chargé de projet pour World Vision dans le comté de Baringo, au Kenya.

Son travail consiste à former les agriculteurs à la régénération naturelle, une méthodologie qui les aide à gérer leurs terres de manière à préserver ou à améliorer l'écosystème, en s'appuyant sur les connaissances indigènes et les dernières approches adaptées au paysage.

Nancy Kemboi, mère de cinq enfants, a été agricultrice toute sa vie. Elle possède 17 vaches et 20 poulets et vit dans un paysage semi-aride. Auparavant, elle avait l'habitude de couper tous les arbres présents sur ses terres, sans se rendre compte de l'importance des arbres indigènes, et attendait que l'herbe pousse d'elle-même pour que son bétail puisse paître. La nourriture était suffisante jusqu'à ce que la saison sèche ne frappe. Pour obtenir de l'argent pour acheter de l'herbe de fourrage, elle devait se résoudre à détruire la forêt voisine afin de se procurer du charbon de bois et du bois de chauffage et gagner rapidement de l'argent.

Mais depuis 2015, lorsque Nancy Kemboi a pris connaissance de l'importance de la régénération naturelle gérée par les agriculteurs, elle a compris qu'avec l'augmentation de la population et du nombre de bovins, il était urgent d'adopter des pratiques agro-pastoralistes et de cultiver de manière plus efficace et plus écologique.

Elle fait maintenant pousser de l'herbe de fourrage et l'entrepose dans une installation où l'humidité ne pénètre pas et ne fait pas pourrir l'herbe. L'herbe de fourrage est conservée jusqu'à ce que la sécheresse frappe, au moment où elle est nécessaire pour nourrir le bétail. Nancy Kemboi ne coupe plus les arbres indigènes dans ses champs car ils permettent à l'herbe de mieux pousser grâce à l'ombre et à la rétention d'humidité qu'ils fournissent. Les arbres indigènes qu'elle a planté ont tous un but spécifique : ils fournissent du fourrage pour son bétail (l'écorce est très nutritive), du bois de chauffage, des médicaments, certains attirent les abeilles et en général, ils sont résistants à la sécheresse et aux termites. Elle pose leurs feuilles et leurs épines sur le sol pour couvrir le sol qui deviendra ensuite de l'humus. Les arbres qui poussent et qu'elle juge inutiles sont retirés et Nancy Kemboi s'en sert afin de clôturer sa propriété. Ceux qu'elle décide de garder sont taillés avec soin car si les arbres indigènes poussent plus lentement que les espèces exotiques, une taille appropriée leur permet de pousser plus rapidement. Elle essaie également de faire revivre et de régénérer les arbustes et les arbres, ce qui est moins cher que d'en planter de nouveaux.

Nancy Kemboi a également aménagé des terrasses dans ses parcelles pour réduire l'érosion du sol et retenir l'eau, et cultive de manière plus efficace, en plantant des pommes de terre, des choux, des tomates et divers autres légumes comme le maïs mais aussi des arbres fruitiers. Les arbres fruitiers attirent les chauves-souris et les oiseaux et permettent d'augmenter la biodiversité de l'écosystème.

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Au cours des quatre dernières années, Nancy Kemboi a été une agricultrice modèle pour le système de régénération naturelle géré par les agriculteurs et a formé dix autres agriculteurs. "Ma vie s'est considérablement améliorée", affirme-t-elle. "Maintenant l'ai un revenu diversifié, grâce à mes cultures de maïs, à mes légumes et à l'apiculture, j'ai pu acheter une race de vaches qui donne beaucoup plus de lait, ce qui me permet de gagner plus d'argent".

Le projet de régénération naturelle géré par les agriculteurs forme également les jeunes en difficulté pour leur donner une chance de retourner à la terre. "Ils pratiquent le consentement préalable, libre et éclairé, une série de directives et de règles d'engagement des parties prenantes qui ont été élaborées avec le soutien du ministère de l'Environnement et des Forêts dans le cadre de l'appui ciblé du Programme ONU-REDD au Kenya par le biais du Programme des Nations Unies pour le développement ", déclare Judy Ndichu, coordinatrice technique du Forest Carbon Partnership Facility au Kenya. "Elle donne aux communautés l'occasion de participer au processus de prise de décision relatif aux projets concernant les forêts dont dépendent leurs moyens de subsistance."

"En plus de séquestrer du carbone, et donc de contribuer aux objectifs mondiaux d'atténuation, la restauration des paysages améliore la sécurité alimentaire, accroît la résilience et préserve la biodiversité. Si elle est appliquée à grande échelle, les avantages perçus permettront à la fois d’améliorer la santé des écosystèmes et entraîneront des niveaux plus élevés de développement humains", explique Gabriel Labbate, chef de l'équipe mondiale du Programme ONU-REDD.

David Korrir, l'un des agriculteurs formé par Nancy Kemboi, déclare : "Cette terre est mon or. J'investis dans l'agro-foresterie, en plantant des légumes et différentes variétés d'arbres fruitiers comme les mangues et les papayes afin de pouvoir récolter tout au long de l’année et ne jamais avoir faim. Les générations futures profiteront de ma ferme et de ses arbres indigènes qui ont permis aux oiseaux et aux abeilles de revenir."

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Des écosystèmes sains sont essentiels à la survie de l'humanité. L'atténuation et l'adaptation au changement climatique, la sécurité alimentaire et de l'approvisionnement en eau, la réduction de la pauvreté, la croissance économique et la conservation de la biodiversité dépendent tous d'écosystèmes florissants qui fonctionnent bien. Dirigée par le Salvador et rejointe par plus de 70 pays de toutes les latitudes, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2021-2030 Décennie pour la restauration des écosystèmes. Cette action positionne la restauration des écosystèmes comme une solution majeure basée sur la nature pour répondre à un large éventail de priorités nationales.